Entoilage massif de Jeux Vidéo

Entoilage massif de Jeux Vidéo

Dans Finances , par Vivian Darkbloom le 11 février 2008 à 18h56

Il n'est pas douteux que le scénario ne fait pas partie des préoccupations principales des développeurs de jeux vidéo. Si ceux-là consentent volontiers à engloutir des sommes considérables dans le déploiement de technologies ostensiblement exhibitionnistes, ils s'offrent rarement les services des professionnels de l'écriture, seuls capables de structurer des histoires complexes, dépassant les poncifs archi manichéens de l'éternel combat opposant les forces du bien à celles du mal. Avec leur lot de bagatelles lyriques et d'héroïsme bon marché, évidemment. Et quand la petite part d’imagination stimulée par ses dichotomies morales, lègues fantasmagoriques des mythes judéo-chrétiens, soudain se tarit, l'actualité, éminemment micro psychique, verse son comptant de traumatismes usés, sur fond de menaces terroristes et de conflits moyen-orientaux... Recrudescence de pales copies et fades ressemblances… Face à la relative pauvreté des intrigues et la simplicité des structures narratives autour desquels s'articulent les jeux vidéo, il est assez surprenant de constater la fascination que nos loisirs interactifs exercent sur les producteurs de cinéma. Le nombre d'adaptations filmiques de jeux vidéo explose. Le constat est d'autant plus accablant pour l'industrie cinématographique que ces adaptations concernent généralement des titres dont le scénario, au mieux, tient sur la feuille de papier hygiénique qu'il mérite. Le manque d'audace des uns sonne comme un répons au manque de créativité des autres. On sait que le tournage d'un film tiré de Max Payne est en cours et qu'un projet basé sur le très subtil Castle Wolfenstein devrait prochainement aboutir. C'est à Uwe Boll, le célèbre cinéaste allemand, que Crytek a confié l'adaptation de Far Cry, un jeu qui ne brillait pourtant pas grâce à ses qualités scénaristiques. Hier, on apprenait que Crytek était en pourparlers avec quelques producteurs afin d'offrir à Crysis un traitement similaire... Malgré tout le bien que l'on peut penser de Crysis [fort d'une plastique somptueuse et d'un gameplay diablement efficace], avouons qu'il y avait, sur la scène vidéoludique contemporaine, des prétendants plus sérieux. On pense par exemple à Bioshock ou à The Witcher. Et quant on évoque le projet révélé hier d'offrir une troisième déclinaison cinématographique à Mortal Kombat, le scepticisme devient soudain exaspération. La mise en scène [l'expression prête ici à rire] a d'ores et déjà été confiée à l'homme [éludons la dimension "artistique" de l'entreprise] qui réalisa naguère l'inoubliable The Sun, avec le non moins inoubliable Steven Seagal. Les feux ne sont pas encore allumés que déjà les carottes sont cuites ! Si l'industrie vidéoludique ne cesse de grignoter des parts de marché à son ainée, un peu sur le déclin, on doute que cette dernière puisse reconquérir ses lustres passés en remâchant péniblement les faciles succès de sa cadette. On pense naturellement au commentaire plein de pertinence que livra Kubrick suite au succès critique de son film, Lolita, maladroitement adapté du livre de Nabokov : "Mon film est raté, c'est vrai, mais j'ai une excuse : le livre était trop bon." S'il n'est pas illégitime que les jeux vidéo inspirent les auteurs en provenance d'autres horizons, reconnaissons qu'en termes d'adéquation, la marge qui baille entre les matériaux qui caractérisent les productions vidéoludiques et les matériaux spécifiques au cinéma est encore loin d'avoir été complètement explorée. Le paradoxe de ce "trop bon" que Kubrick pointait jadis du doigt se tient à bonne distance des tentatives actuelles... Il est décidément grand temps que la grève des scénaristes qui paralyse le cinéma outre-Atlantique depuis des mois s'achève...

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