La SOPA, une (in)justice américaine

La SOPA, une (in)justice américaine

Dans Fourre-tout , par Oprig le 17 janvier 2012 à 20h56

Alors que nous sommes en plein milieu du conflit qui voit au fur et à mesure la multiplication de ses participants, il est l'heure de faire un petit point. Qu'est ce que la SOPA ? La SOPA, c'est pour Stop Online Piracy Act. Comme son nom l'indique, ça se passe chez les voisins d'en face (mais de très loin parce que l'Atlantique c'est grand), qui discutent très sérieusement de cette loi sur le piratage informatique online. Là ou ça devient amusant, c'est que jusqu'à peu de temps, outre la possibilité offerte aux syndicats d'édition vidéo-ludique (et musicale et cinématographique, mais eux on s'en fout, on n'est là que pour parler de jeux) de traîner en procès les détenteurs d'un site soupçonné de répandre du contenu illégal sur la toile, cet acte prévoyait un filtrage DNS permettant d'interdire l'accès aux sites étrangers qui feraient la même chose. C'est là que ça devient drôle, et que le 1er amendement, pour une fois qu'il ne sert pas à des groupuscules nazis violeurs de poules, s'en retrouverait tout souillé d'interdiction anticonstitutionnelle. Alors y'a plus le filtrage ? Non. Le représentant républicain (et Texan, monsieur cumule) au congrès qui est le principal promoteur de la loi a fait machine arrière, en admettant la possibilité de dégager cette partie. Il n'en reste pas moins ... tout le reste. C'est à dire, en plus de la partie procès pan pan cul cul, le désindexage du site sur tout moteur de recherche, un blocage forcé par le FAI, l'interdiction de collaborer avec un organisme financier sur Internet (Paypal en tête...) Mais plus de contenu illégal sur Internet, c'est bien non ? Alors déjà si vous pensez ça, vous êtes ou un idiot, ou un faux cul. Que celui qui n'a jamais téléchargé illégalement se jette la première pierre tandis que je prépare la seconde. Ensuite, imaginons le nombre de sites ou contenus visibles en ligne utilisant tout ou partie d'une œuvre copyrightée sans autorisation (genre une vidéo Youtube, par exemple). Nous parlons là d'une photo, d'une musique etc. Connaissant la propension des syndicats américains à attaquer tous azimuths pour récupérer un maximum de ronds, la liste des victimes serait assez monstrueuse. Et Obama ? Il dit quoi Obama ? Ben pas grand chose, vu que de toute façon il n'a plus la main libre sur le congrès. Trois représentants de son administration ont tout de même pris la parole pour dire que la lutte contre le piratage en ligne devrait éviter de restreindre la liberté d'expression et d'étouffer l'innovation. Mais c'était juste pour dire un truc. Et les autres ? Là ça devient amusant. Si l'ESA (le syndicat des jeux vidéos ricain) est pour (en plus de la ligue nationale de football ou le groupe CBS), un gros paquet d'acteurs du jeu vidéo ont d'ores et déjà pris parti contre : Bungie, Epic Games, Riot Games et Mojang. On peut ajouter à cette liste des petites start up qui démarrent, genre Google, Facebook et Twitter. Donc on en est où là ? Ca discute et ça se met sur la gueule poliment. Mais avec les compagnies sus-mentionnées en opposition, le congrès s'est bien entendu rendu compte que la loi ne pouvait passer en l'état, et se prépare à revoir sa copie. La suite bientôt. BONUS : Mais en fait c'est un peu comme Hadopi ? Non, que non. Hadopi, c'est une loi qui vise à des sanctions contre l'usager pris en flag de téléchargement illégal. Par le biais de la "riposte graduée" (un mail courroucé, une fessée, une coupure du FAI, une amende, une sodomie au gravier) après dénonciation d'acteurs privés, elle est censée effrayer l'internaute, qui, ainsi calmé, ira acheter le DVD des Ch'tis plutôt que de le télécharger. Alors qu'il serait plus judicieux de ne faire ni l'un, ni l'autre. BONUS DU BONUS : Et Hadopi, alors, on en est où ? Pour la petite info, un rapport de l'ONU datant de l'année dernière condamnait la loi et demandait son abrogation. Mais bon, l'ONU, c'est comme Obama, ils ont dit un truc parce qu'il fallait le dire. Mais, et je cite la Quadrature du Net : "dans sa décision historique du 10 juin 2009, le Conseil constitutionnel retire tout pouvoir de sanction à l'Hadopi. Notant que le libre accès à Internet est devenu une composante essentielle de la liberté d'expression et de communication garantie par l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, le Conseil estime que seule l'autorité judiciaire, garante des libertés, peut prononcer des mesures y faisant obstacle." Tout n'est pas perdu.

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