Test : Tom Clancy's Ghost Recon Advanced Warfighter

Tom Clancy's Ghost Recon Advanced Warfighter - Xbox 360

Genre : FPS stratégique

Date de sortie : 09 mars 2006

Genre
FPS stratégique
Date de sortie
09 mars 2006 - France
Développé par
Ubisoft France
Edité par
Ubisoft
Disponible sur
Gamecube, PC, PS2, Xbox 360, Xbox
Parfois appelé
Ghost Recon 3, Ghost Recon Advanced Warfighter
Site officiel
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La guerre, c'est pas joli. C'est du moins ce que prétend M Pokora, grand poête et penseur devant l'éternel, véritable Emile Zola contemporain, dont la lucidité sur son époque laisse interdit. Certes, la guerre peut bousculer les habitudes de certaines personnes se complaisant dans la routine, mais tudieu, quand on est du bon coté du canon, et quand on ne la fait pas dans son pays, qu'est ce que ça peut être rigolo. La preuve par l'écrit.

 
 
Non, sans blague, ça fait trop longtemps qu'on laisse divaguer ces tapettes d'objecteurs de conscience et ces cinglés de hippies qui préfèrent, les cons, faire l'amour que la guerre. Comme si tirer un coup valait mieux que tirer une rafale de trois ! La faute à ces marketeux du Pentagone qui, avec leurs frappes stratégiques télécommandées, lui enlèvent tout son coté récréatif. Car enfin, voyons, la guerre c'est aussi de nobles et saines valeurs. C'est une balle perforante qui fait gicler une cervelle comme un bouchon de champagne ! C'est un tir de mortier qui réduit en miettes une maternelle en un somptueux dommage collatéral ! C'est une jambe qui scintille en milliers de fragments carmins après avoir effleurée une mine anti-personnelle ! Ce sont les viols collectifs d'autochtones femelles le soir au coin du feu ! Autant de bonus malheureusement omis par la publicité pour l'armée de terre qui squattait la petite lucarne il y a quelques mois.
Heureusement, pour tous les psychopates douillets comme moi, dont la perspective de finir cul-de-jatte n'emballe que moyennement, le jeu vidéo reste un palliatif sûr et sans danger d'assouvir ses bas instincts. Fini de dégommer du teuton, du viet, du basané, et du ruskoff. Virtuellement, on leur a déjà tous génocidés la gueule (j'ai bien décimé la moitié de l'allemagne à moi tout seul dans Call Of Duty 2). Non, pour le Tom Clancy nouveau (dont les pavés politico-militaires doivent être les seuls bouquins que je n'ai pu finir tellement on s'y fait chier), l'ennemi du futur se terre au Mexique.
 

Team America, police du monde

Comme d'hab, le label "Tom Clancy" est censé apporter un certain cachet de sérieux et d'authenticité, un peu comme ma présence au sein de gamehope. Le contexte est le suivant : nous sommes en 2013 et une tentative de coup d'état a lieu à Mexico, pile en plein sommet inter-huiles présidentielles. Oeuf corse, la police du monde ne voit pas ça d'un très bon oeil, parce que voyez vous ma bonne dame, on ne tente pas un putsch militaire sans avoir demandé la permission à l'amérique auparavant. Question de tact. On envoie donc les ghosts - des types sur-entrainés, sur-équipés, sur-armés - expliquer gentiment aux rebelles, que non, faut pas se méler de politique quand on a pas de puits de pétrôle et que tu-la-vois-celle-là-elle-va-partir ! Du combat des rebelles, de leur revendications, de leur légitimité à entreprendre leur révolution, on ne saura presque rien. En bon chiens des militaires (copyright Full Metal Alchemist ), Scott et son équipe ne se posent pas de question. Ils zigouillent ce qu'on leur dit de zigouiller. Ils égorgeraient leur daronne si un général de division leur en donnait l'ordre.
Dépourvue de toute réflexion, antithèse absolue d'une oeuvre de Hidéo Kojima, la campagne solo se joue comme on tire sur les canards en plastique à la frairie du coin. Pas l'ombre d'une émotion humaine ne vient contrarier la frénésie de meurtre. Que l'un des équipiers de Scott se fasse descendre ne lui inspire qu'un "ce soldat a besoin de soins" de circonstance. D'ailleurs, comment s'appelle t-il déjà, le type qui agonise à vos pieds ? Ce refus manifeste de concéder au jeu vidéo ce qui lui manque le plus par rapport aux médias qui ont fait leurs preuves en tant qu'art, du FOND, est d'autant plus triste qu'il s'agit bel et bien d'un grand jeu.
Après ce long préambule en forme de coup de gueule personnel, abordons maintenant GRAW comme il est de coutume de le faire dans la presse à Kevin. Evoquons ensemble ses jolis graphismes qui flattent la rétine, ses armes qu'elles déchirent, son gameplay qu'il est trop bien, ses soldats qu'ils sont modélisés avec 12 millions de polygone rien que pour le pif, et que ça donnerait presque envie de s'engager dans la légion étrangère. Comprenons pourquoi, sous ses airs de produit promotionnel aux relents de fosse septique, se cache un killer-app capable de soumettre le plus forcené des pacifistes.
 

Le pot de terre contre le pot de fer

Après un tutorial sommaire mais nécessaire pour la prise en main, on est catapulté dans le feu de l'action. Parfois laché seul dans l'enfer urbain de la guerilla, où il ne faudra compter que sur ses propres capacités d'assassin, on évoluera la plupart du temps flanqué de trois subordonnés aux différentes spécialités (pas culinaires, celles là). En tant que chef du groupe, on pourra leur donner des ordres très simples que même un trouffion de base est à même d'éxécuter : aller ici, attaquer ça, revenir aux pieds, donner papatte. Dotés d'une intelligence artificielle à peine surévaluée par rapport à leurs homologues réels, vos équipiers ne réagissent pas toujours comme vous le souhaiteriez. Il n'est pas rare de les voir se poster sottement sous le feu ennemi ou de les voir révéler votre position, parce qu'ils sont allés cueuillir des pâquerettes. Ils sont tout de même assez efficaces pour vous mâcher une quantité considérable du boulot, si bien qu'il est possible de terminer bien des missions sans avoir tiré une seule cartouche. Au cas où l'un de vos chers collègues de travail vienne à encaisser une balle de trop, il est toujours possible pendant quelques secondes de le remettre sur pieds. L'acharnement thérapeutique, c'est dégueulasse.
Il est aussi possible et recommandé de déplacer vos hommes sur le terrain par le biais de la carte tactique. C'est également à partir de la carte tactique que l'on enverra un drone de reconnaissance, semblable à ceux de Metal Gear Solid 2, repèrer les lieux et signaler la position des méchants. Dommage que ce drone très pratique ne soit disponible que sur certaines missions.
Lorsque les choses se gâteront un peu, comme des mexiquains qui vous lancent des sombreros farcis de chili con carne, vos supérieurs vous accorderont provisoirement le soutien providentiel d'un blindé ou d'un hélicoptère de combat, dont les pilotes passeront alors également sous vos ordres. Dans ces moments là, c'est toute la puissance de l'armée américaine qui vous fera chavirer le slip. Brrrr, j'en chanterai leur hymne national la main sur le coeur, tiens.
Coté rebelles, on est pas manchots non plus. Les tireurs d'élite sont redoutables et un soldat armé d'une simple mitraillette vous colle une balle entre les deux yeux à cent mètres à la seconde où vous dépassez du mur. Après avoir crevé une bonne dizaine de fois, GRAW révèle une de ses principales lacunes ; scripté de fond en comble, le jeu impose de mémoriser la position de chaque ennemi, pour la prochaine fois le buter plus efficacement.
Le jeu est d'autant plus ardu que même avec trois ou quatre heures de jeu dans les pattes, on tâtonne toujours pour mettre en pratique les différentes possibilités d'un gameplay riche mais plus adapté à une morphologie de poulpe, d'autant plus que la précision du jeu au stick analogique n'est pas la plus renversante qu'il ait été donné de voir. C'est là que le relativement faible nombre de boutons d'une manette console pâtit de la comparaison avec le bon vieux combo clavier-souris du PC.
Une chose me gène. Je veux bien que l'infanterie amerloque de 2013 soit über-stuffée, que des satellites et le fameux IWS (Integrated Warfighter System) lui confèrent un net avantage tactique sur ses opposants, mais faut m'expliquer comment j'arrive à repérer un rebelle planqué derrière deux métres de béton armé. A ce stade, ce n'est plus technologique, c'est médiumnique.
 

J'adore l'odeur de la chair brulée au petit matin

Rien, pourtant, ne freinera l'érection mentale. Escamoter des forces vingt fois supérieures en nombre sans compter une seule perte, ça n'a pas de prix. Sentir toute la puissance d'une armée organisée face à des pauvres, ça n'a pas de prix. Survoler un Mexico modélisé jusqu'à la moindre enseigne lumineuse à bord d'un hélicoptère et distribuer les pastilles valda sur des grappes d'ennemis qui auraient mieux fait de continuer à faire la manche, ça n'a pas de prix. Car, foi de morue, l'habillage tape dans le haut de gamme. GRAW la fera boucler aux derniers aigris. La next-gen, on est en plein dedans. Moi, la façon dont est gérée la luminosité, avec la caméra qui s'habitue peu à peu en passant de la lumière à l'ombre, m'a mis sur les rotules. L'explosion de l'ambassade aussi, tiens, mais c'est ma faute, je n'avais qu'à pas pousser le caisson de basse aussi fort. Personnellement, je déplore pourtant les rues désertées par les civils. Quel intérêt qu'une guerre où l'on ne peut pas commettre de bavures et de dommages collatéraux ?
 

Article rédigé par Le-Saint , le

Addictif, addictif, et encore addictif. Je m'estime presque soulagé de n'avoir pas pu essayer le mode multi-joueur (sur lequel vous trouverez j'en suis sûr de plus amples resneignements sur des sites plus sérieux que celui-ci mais considérablement plus chiants). Ouais, mais ça commence à se voir que l'écrivaillon Tom Clancy est en manque d'inspiration, puisqu'il lui faut maintenant inventer des conflits imaginaires. Aaaaaaah, mais c'qui nous faudrait, c'tune bonne guerre !

Points positifs

  • Spectaculaire
  • Immersif
  • Addictif

Points négatifs

  • Puant
  • Prise en main laborieuse
  • Trop scripté

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