Moi, ce que j'aime, c'est les monstres : l’événement littéraire 2018

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres : l’événement littéraire 2018

Dans Geekérature, par Valet2trefle le 18 décembre 2018

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou : plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle dans le cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère.

Vous avez sûrement déjà entendu parler de la BD Moi, ce que j'aime, c'est les monstres de Emil Ferris. Normal, puisque depuis sa sortie aux États-Unis en février 2017, ce premier tome n'arrête pas de recevoir les éloges de la presse, les récompenses et les commentaires ravis des amateurs de lecture. Mais pourquoi fait-il tant de bruit ?

D'abord, à cause de sa genèse. Emil Ferris a en effet perdu l'usage de ses jambes et de sa main droite après avoir été piquée par un moustique et diagnostiquée une méningo-encéphalite. Elle ne s'est cependant pas laissée abattre et est allée jusqu'à se scotcher un stylo à la main pour dessiner et reprendre des cours au Chicago Art Institute. C'est à cette époque, alors qu'elle se bat contre la paralysie et le virus, qu'elle commence l'écriture de son roman graphique.


Moi, ce que j'aime, c'est les monstres


Ensuite, parce que ses dessins sont à la fois sublimes et originaux. Moi, ce que j'aime, c'est les monstres est en fait le journal intime du personnage principal, Karen, qui gribouille sa vie dans un cahier d'école avec les outils qu'elle a sous la main : des stylos billes. Le trait est parfois simple, proche du croquis en noir et blanc, ou au contraire hyper-détaillé et plein de couleurs. On y trouve des monstres, bien sûr, mais aussi des scènes du quotidien, des représentations de ses rêves et des reproductions de tableaux classiques. La composition des pages est elle aussi originale et propre à celle des journaux intimes : Karen colle des couvertures de magazines d'horreur sur les pages, écrit des petits commentaires sur ses dessins qu'elle habille de flèches ou rédige ses monologues tout autour de ses chef-d'œuvre.


Moi, ce que j'aime, c'est les monstres 1


Et, pour finir, si ce tome fait autant de bruit, c'est parce qu'il allie la qualité graphique à la puissance narrative. De prime abord, l'histoire ressemble à une simple enquête policière (menée par une petite fille de 10 ans, d'accord), mais le récit est en fait bien plus complexe. Emil Ferris aborde des sujets importants tels que le droit aux minorités d'exister ou l'acceptation de soi, elle revient sur l'Histoire-tout-court et l'Histoire de l'Art, elle mélange le récit initiatique au polar au témoignage historique au récit fantastique et de science-fiction. Moi, ce que j'aime, c'est les monstres est comme une poupée russe : quand on pense avoir perçu l'ensemble de l'œuvre, on se rend compte qu'il y en a une plus petite à l'intérieur, et encore une plus petite, jusqu'à ce que le moindre détail compte.

Moi ce que j'aime c'est les monstres 2

Vous me direz : c'est peut-être un peu trop tôt pour crier au chef-d'œuvre, ce n'est que le premier tome ! Si ça se trouve, le deuxième sera pourri ! Et vous aurez raison. Attendons de voir ce que va donner la suite, en espérant qu'elle sortira bientôt !

Les points forts :

- Des dessins formidables et une composition originale
- Une œuvre dense, un récit riche et de qualité
- Un style propre et marquant

 
Les points faibles :

- Un récit parfois un peu trop dense et qui peut paraître fouillis
- Une très légère perte de vitesse à la fin

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres est une BD coup de cœur, inclassable, originale et d'une rare beauté.

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Dr Shooter