Warcraft III Reforged

Warcraft III Reforged - PC
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WarCraft 3 est un géant parmi les meilleurs jeux de l’histoire, une institution pour les joueurs de RTS et l'un des principaux fer de lance de l’esport dès sa sortie. Dire qu’il est aimé par la communauté des joueurs PC est un euphémisme tant il a drainé un nombre incalculable de passionnés, maintenant devenus eux-mêmes des piliers dans différentes sphères de notre médium. Autant vous dire qu’un « remake » du troisième opus de la fameuse série de Blizzard était attendu, 17 années après la sortie de WarCraft 3 : Reign of Chaos et 16 après celle de Frozen Throne, sa seule et unique extension.

Test effectué à partir d'une version PC

C’était plutôt prometteur : une large frange des développeurs de Blizzard théoriquement attelés à la tâche pour nous offrir exactement ce dont la communauté des joueurs RTS et de fans d’esport recherchaient à l’heure actuelle. Malgré son statut d’indéboulonnable de la scène compétitive, StarCraft 2 perd de l’audience jour après jour et l’arrivée d’un WarCraft flambant neuf aurait permis de redynamiser les attentes et notamment la participation des nombreux joueurs professionnels. Cela s’était notamment cristallisé dans la dernière campagne promotionnelle pour l’ESL Pro Tour qui s’annonçait et profitait de l’arrivée de Reforged pour relancer l’intérêt autour du RTS compétitif.

Des péons au travail

Depuis deux ans, la firme d’Anaheim nous avait promis plein de belles choses concernant ce remaster : plus de 4h de cinématiques recréées pour l’occasion, un rendu graphique mis à neuf tout en conservant le même « game feel » d’antan, de nouvelles missions, une nouvelle interface, le tout servi durant leur précieuse BlizzCon, par les meilleurs serviteurs possibles (on pourra citer la présence de Manuel « Grubby » Schenkhuizen, ex-joueur professionnel sur WarCraft 3 et toujours streameur actuellement). Si les promesses étaient alléchantes, on se sera quand même questionné en cours de route sur les vraies motivations de la part de Blizzard, notamment depuis leur rachat partiel par Activision et le départ de nombreux cadres historiques de la société (Mike Morhaime et Chris Metzen pour ne citer qu’eux), le fait de délocaliser la création de certains contenus (les modèles 3D de Reforged viennent de chez Lemon Sky, un groupe malaisien spécialisé dans ce type de contrat) ou encore le fait d’avoir subi une certaine pression de la part des joueurs professionnels chinois (dans le pays avec une énorme fan base et dont le jeu est encore très populaire) pour toucher le moins possible aux mécaniques de base du jeu.


À la base prévu pour sortir avant la fin de l’année 2019, Reforged s’est vu gratifier d’une période assez longue de bêta durant laquelle les testeurs ont pu profiter du matchmaking en ligne et de découvrir les quatre races au fur et à mesure, tout comme la création de parties personnalisées qui est arrivée seulement quelques semaines avant la sortie du jeu, repoussée au 27 janvier 2020. À la fois rassurants et frustrants, ces reports permettent de mettre un dernier coup de polish à un jeu dont le développement est terminé mais n’atteint pas encore le niveau de finition requis par les développeurs. Le standard de Blizzard dans ce compartiment étant très élevé habituellement, nous n’étions pas spécialement surpris du report, surtout à la vue de la qualité globale de la bêta qui laissait un peu à désirer jusque-là…

WarCraft 3 : Reforged

"My son. The day you were born, the very forests of Lordaeron whispered the name, Arthas."

Maintenant que le contexte est un peu remis en place, parlons du jeu : WarCraft 3 est un jeu de stratégie en temps réel, vous permettant de parcourir plus de 40 missions durant lesquelles vous incarnerez divers chefs de guerre issus de quatre races différentes que sont les elfes, les humains, les orcs et les morts-vivants. Le synopsis du jeu s’articule véritablement autour de deux grands personnages iconiques de la série : Arthas, le jeune prince humain, ainsi que Thrall, le chaman orc, chef en devenir et vrai futur guide d’une race en déroute. Le but du jeu reste de récolter des ressources pour construire votre base, créer des unités et renverser votre adversaire. La finesse de WarCraft réside dans le fait de devoir micro-gérer vos unités, notamment en combat, puisqu’en plus d’avoir des armées relativement « petites » vous contrôlerez également des héros pouvant utiliser des sorts et porter des objets qu’il faudra ramasser ou acheter en partie (comparé à StarCraft qui est davantage axé dans la gestion macro, grosses ressources et grosses armées, sans héros).

WarCraft 3 : Reforged

On ne va pas refaire l’analyse de fond d’un jeu éprouvé, étiré et malaxé dans tous les sens depuis presque 20 ans : on dira juste que WarCraft 3 est un jeu offrant une campagne haletante, pleine de rebondissements et distillant bien les différentes mécaniques de jeu durant toute l’aventure afin de préparer les joueurs au vrai combat, celui qui se déroule en ligne, contre d’autres adversaires humains. Hélas si, dans le fond, on n’attendait pas vraiment que Reforged révolutionne notre expérience, c’est surtout dans la forme que nous attendions un vrai bon en avant.

WarCraft 3 : Reforged

WarCraft 3 : Refunded

Si, souris en main, le jeu propose peu ou prou le même ressenti que le jeu de base (on chipotera un peu sur le pathfinding qui réagit bizarrement), on sera assez surpris de la pauvreté des environnements proposés par Reforged et de l’aspect plastique des différents modèles 3D (même s’ils restent très beaux dans leur conception). Blizzard qui optait avant pour un design davantage « cartoon » et très lissé propose ici quelque chose de beaucoup plus marqué, plus réel, qui ne serait pas forcément déplaisant si le tout n’était pas animé avec un nombre d’images par seconde bloqué et assez bas. On a une légère impression de saccade lorsque les personnages se déplacent, ce qui offre un rendu visuel global plutôt dérangeant.

WarCraft 3 : Reforged

Outre cette gêne constante, on sera déçu de voir que les nombreuses promesses faites par Blizzard n’ont pas été respectées. On pensera notamment à l’interface qui reste exactement la même que celle du jeu de base, que mis à part la cinématique d’introduction, aucune n’a été refaite durant la campagne, que les cut-scenes pendant les missions n’ont pas été repensées et certaines sont, au mieux, passables (certaines sont franchement plates et ridicules). On pensera à une mission qui avait été montrée à la BlizzCon et présentant une cut-scene dynamique avec des mouvements de caméra repensés et qui n’existe pas dans la version finale du jeu. Du coup, certains joueurs attaquent même Blizzard pour publicité mensongère, c’est dire.


Outre les nombreux bugs d’affichage et de son, les baisses d’IPS ou encore les problèmes de chargement, c’est surtout le manque de finition et le sentiment « d’à peu près » qui vous étreignent au fur et à mesure du temps passé sur le jeu. Si les bugs peuvent être, plus ou moins, excusés puisque réparables dans le futur, c’est surtout le travail qui n’a pas été fait sur des mécaniques triviales qui choque, surtout venant de la part d’une entreprise aussi rigoureuse que Blizzard. On pourra citer le fait que le menu principal du jeu vous mange une grande partie des ressources de votre CPU, ou encore de ne pas avoir la possibilité de refaire vos raccourcis de touches, ce qui provoquera de constants conflits entre plusieurs actions possibles en jeu. Par exemple, le sort principal d’Arthas se lance à l’aide de la touche « s », tout comme l’action « stop ». Le conflit fait donc qu’il est impossible d’utiliser la touche « s » pour utiliser le sort directement. Frustrant. On évoquera aussi les doublages français totalement incohérents et donnant une voix humaine à l’orc Thrall… On a finalement davantage l’impression de jouer à un ersatz du jeu de base, développé par des personnes ne respectant pas les codes de la série et ne suivant pas les principes stricts de chez Blizzard (époque pré-Activision), mettant en avant la finition de leur jeu et, surtout, le respect et la cohérence du lore pour leur série.

Si le calice était déjà bien rempli avant, ce sont surtout les joueurs historiques de WarCraft 3 qui le boiront jusqu’à la lie. Il faut savoir que le jeu est encore très actif en ligne où des milliers de parties sont jouées chaque jour, en ladder ou via les mods personnalisés. La sortie de Reforged a obligé les joueurs actuels d’appliquer les 27go de mise à jour et de devoir automatiquement passer par l’interface du nouveau jeu. De plus, il faut savoir que le passage entre ancienne et nouvelle version a supprimé quelques features qu’on devra attendre de voir réapparaitre (on pensera notamment à l’absence des parties classées, des clans ou des tournois). Mais le plus gros doigt d’honneur d’Activision-Blizzard vient probablement de la modification de leur CGU concernant les mods et les parties personnalisées. En plus de rendre impossible la lecture des anciennes campagnes personnalisées créées sur l’ancienne mouture de WarCraft 3, Activision-Blizzard possèdera maintenant automatiquement tous les contenus créés par la communauté. Si vous voulez travailler gratos pour ensuite vous faire voler vos idées, c’est le moment. On sent que le fait d’avoir perdu gros concernant le fameux « Defense of the Ancient » (DotA) est encore resté en travers de la gorge de Blizzard qui devrait, sur ce coup de poignard dans le dos des joueurs, perdre bien plus qu’un mod à succès.

WarCraft 3 : Reforged


Remaster empreint de fainéantise et de non-respect affligeant pour leur propre licence et leurs joueurs, le rachat de Blizzard par Activision finit par déteindre sur un jeu phare qui a fait toute la réputation de la firme d’Anaheim et c’est : chaud chaud chaud. Si, sur le fond, le jeu reste un RTS solide, aux mécaniques intelligentes et à l’histoire bien ficelée, on ne pourra que s’étonner de la forme et du degré de finition intolérable et très loin des standards habituels dont nous avait habitués Bli². Alors qu’on aurait aimé un remake capable de faire proprement connaître les origines de World of Warcraft à une sacrée dose de joueurs et de relancer l'un des meilleurs RTS de tous les temps sur tous les tournois esport de la planète, on se retrouve finalement, assez plan-plan, avec un « gros » patch de texture à 30 euros. RIP.
05 février 2020 à 15h03

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Points positifs

  • Un jeu mythique à découvrir
  • Une campagne longue et haletante
  • Ce qui se fait de mieux en termes de mécaniques pures de RTS

Points négatifs

  • Les bugs
  • Le menu principal qui mange le CPU
  • Les baisses d'IPS
  • Les environnements vides
  • Les doublages français
  • Les crashs
  • Les cut-scenes ridiculement pauvres
  • L'impossibilité de réassigner les touches
  • Les cinématiques qui sont les mêmes qu'en 2003
  • La publicité mensongère d'Activision-Blizzard : bouuuh, pas bien !
  • 30 euros pour un pack de textures
  • L'absence de parties classées, tournois, etc.

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