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Sept ans après Ace Combat 7 : Skies Unknown, Bandai Namco remet enfin sa célèbre licence de combat aérien sur le devant de la scène. Avec Wings of Theve, Project Aces ne cherche pas à bouleverser une formule qui fonctionne depuis des décennies, mais plutôt à l'enrichir, en vous mettant à la place de REX, un type qui aime beaucoup parler des nuages.
Test effectué à partir d'une version PC
La série Ace Combat a toujours occupé une place assez particulière dans le paysage vidéoludique. À mi-chemin entre le jeu d'action et la simulation aérienne, elle propose depuis ses débuts des affrontements spectaculaires à bord d'avions de chasse, tout en conservant une approche largement arcade. Une identité que Project Aces n'a jamais véritablement abandonnée et qui constitue encore aujourd'hui le principal intérêt de la franchise. Avec ce huitième épisode, le studio japonais poursuit donc dans cette direction, en profitant des capacités des machines actuelles pour donner davantage d'ampleur à ses ambitions.
Ace Combat 8 : Wings of Theve nous ramène dans l'univers fictif de Strangereal, théâtre de conflits militaires opposant des nations imaginaires. Cette fois, l'histoire se déroule en 2029, alors que la Fédération d'Usea centrale subit une invasion particulièrement violente de la République de Sotoa. Son armée est largement dépassée et les dernières forces encore opérationnelles tentent de poursuivre la résistance. C'est dans ce contexte que notre pilote est recueilli à bord de l'Endurance, un porte-avions vieillissant devenu l'un des derniers refuges de la Fédération.
À la guerre comme à la guerre
Le scénario repose sur une idée intéressante. Pour entretenir le moral des troupes et de la population, les autorités ont fabriqué la légende des Wings of Theve, un pilote supposément exceptionnel dont les exploits doivent symboliser l'espoir d'une victoire. À la suite de la disparition de celui qui incarnait cette figure, notre personnage se retrouve contraint d'en reprendre l'identité. Une situation qui permet au jeu de développer plusieurs thématiques autour de la propagande, de la manipulation de l'information et de la construction des héros en temps de guerre.
L'ensemble se montre nettement plus ambitieux et profond que le simple prétexte militaire auquel on aurait pu s'attendre. La narration bénéficie surtout d'une présentation entièrement revue. Les séquences à bord de l'Endurance adoptent régulièrement une perspective à la première personne, plaçant le joueur directement au milieu des événements. Cette approche permet de donner davantage de consistance aux personnages et de mieux comprendre les relations qui se construisent au sein de l'escadrille. Les échanges entre les pilotes, leurs inquiétudes et leurs motivations occupent une place importante dans le déroulement de la campagne. Il ne s'agit plus uniquement d'enchaîner des briefings avant de repartir au combat, même si cette dimension reste évidemment centrale.
Le groupe Joker Flight constitue d'ailleurs l'une des principales réussites de cet épisode. Aux côtés du personnage principal, on retrouve notamment Baxter, ancien professeur devenu pilote réserviste, Tasha, issue du monde de la voltige aérienne, et Noise, un musicien plutôt discret. Leurs personnalités se développent progressivement, aussi bien pendant les cinématiques que dans les communications radio. Cette présence permanente contribue à renforcer le sentiment d'appartenir à une véritable escadrille, avec des compagnons qui ne se limitent pas à accompagner le joueur dans les airs.
Tout n'est cependant pas irréprochable dans cette nouvelle approche narrative. Le jeu multiplie les séquences dialoguées, parfois au détriment de son rythme. Le démarrage se révèle particulièrement lent, avec une longue introduction avant de pouvoir réellement profiter des premières missions. Certains échanges manquent également de naturel et plusieurs personnages secondaires se montrent moins intéressants que les membres de Joker Flight. Le scénario a aussi tendance à complexifier inutilement certaines situations, en accumulant les considérations politiques et les révélations. L'ambition est appréciable, mais le résultat aurait gagné à être un peu plus concis.
Heureusement, une fois installé dans le cockpit, Ace Combat 8 retrouve immédiatement tout ce qui fait la force de la série. Les sensations de pilotage sont excellentes et le plaisir de poursuivre un adversaire à pleine vitesse reste intact. Les commandes répondent parfaitement, permettant d'enchaîner virages serrés, changements d'altitude et manœuvres d'évitement avec une grande fluidité. Les appareils possèdent une certaine inertie, davantage perceptible que dans l'épisode précédent, sans jamais rendre leur maniement inutilement compliqué. On conserve donc cette prise en main immédiate qui permet de profiter rapidement de l'action.
Comme auparavant, deux approches des commandes permettent de s'adapter au niveau de chacun. Le pilotage simplifié facilite les premières heures, tandis que le mode expert offre un contrôle plus précis de l'appareil. Les habitués pourront ainsi exploiter les mouvements de roulis et les manœuvres complexes pour prendre l'avantage sur leurs adversaires. Cette accessibilité constitue une vraie qualité, car Ace Combat reste avant tout un jeu d'action. Il n'est pas nécessaire de maîtriser les subtilités de l'aviation militaire pour apprécier les affrontements, même si l'apprentissage des techniques avancées apporte une réelle satisfaction.
Le système de combat conserve ses fondamentaux avec les missiles à verrouillage, le canon et les différentes armes spéciales adaptées aux missions. Les affrontements reposent essentiellement sur le positionnement, l'anticipation des trajectoires et la capacité à conserver un adversaire dans son viseur. Le joueur doit également surveiller les nombreuses alertes indiquant l'arrivée de missiles ennemis, tout en exploitant les contre-mesures disponibles. Cette formule fonctionne toujours aussi bien, particulièrement lorsque plusieurs appareils se lancent dans des poursuites à grande vitesse au-dessus d'un champ de bataille déjà bien encombré.
Les combats bénéficient également d'une intelligence artificielle plus agressive lors des rencontres avec les pilotes d'élite. L'escadrille ennemie des Shadows impose notamment des affrontements particulièrement disputés, demandant une meilleure maîtrise de la vitesse et des changements de direction. Ces adversaires se distinguent suffisamment des unités conventionnelles pour donner une véritable importance à leur apparition. Les duels deviennent alors plus exigeants, sans pour autant basculer dans une difficulté excessive. L'équilibrage parvient globalement à proposer une progression cohérente tout au long de l'aventure.
Autre bonne surprise, le retour des commandes adressées aux équipiers apporte une dimension tactique supplémentaire. Il est possible de leur demander de concentrer leurs efforts sur certains objectifs ou d'adapter leur comportement à la situation. Sans transformer Ace Combat en véritable jeu de stratégie, ce système permet de mieux exploiter la présence de Joker Flight. Les pilotes alliés se montrent également plus efficaces et participent réellement à la destruction des cibles ennemies. Leur contribution reste toutefois variable suivant les missions, et certaines situations particulièrement scénarisées laissent finalement assez peu de marge aux initiatives du joueur.
La campagne constitue probablement la plus grande réussite de ce nouvel épisode. Avec une trentaine de missions, elle offre une durée de vie sensiblement supérieure à celle d'Ace Combat 7, avec une aventure qui peut approcher la vingtaine d'heures selon le niveau de difficulté et la manière de jouer. Surtout, Project Aces a fait un véritable effort pour varier les objectifs. Les traditionnelles destructions de formations aériennes alternent avec des opérations de soutien au sol, des attaques contre des infrastructures militaires, des missions d'escorte ou encore des interventions à basse altitude nécessitant d'éviter les défenses ennemies.
Certaines séquences demandent d'affaiblir progressivement les ressources adverses, en détruisant les dépôts de munitions, les installations énergétiques ou les bases aériennes. D'autres privilégient les affrontements contre des formations particulièrement importantes, avec plusieurs objectifs simultanés à gérer. Les missions d'annihilation, qui consistent à accumuler suffisamment de points dans un temps limité, offrent davantage de liberté dans le choix des cibles. Cette variété encourage à sélectionner un appareil adapté à la situation et permet à certains avions spécialisés dans les attaques au sol de trouver leur utilité.
Les gigantesques machines de guerre imaginées par le studio occupent également une place importante. Les cuirassés terrestres, capables de ravager des zones entières avec leur artillerie, constituent des adversaires particulièrement impressionnants. D'immenses appareils de transport font aussi leur apparition, obligeant à repenser temporairement les approches habituelles. Ces rencontres jouent énormément sur la mise en scène et proposent quelques-uns des moments les plus spectaculaires de l'aventure. Leur déroulement reste parfois un peu trop scripté, avec des phases durant lesquelles il faut attendre qu'un événement précis se produise pour poursuivre l'offensive, mais elles apportent une variété bienvenue.
Enfin, le système de progression repose toujours sur le déblocage de nouveaux avions, armes et améliorations. L'arbre des appareils permet de constituer progressivement un hangar adapté aux différentes situations. Le choix est suffisamment conséquent pour encourager l'expérimentation, notamment grâce à la possibilité d'emporter plusieurs armes spéciales. Certains modèles privilégient la vitesse et l'interception, tandis que d'autres se montrent particulièrement efficaces contre les installations au sol. L'interface de progression aurait cependant mérité davantage de clarté, tant la navigation entre les nombreuses branches peut devenir fastidieuse.
Un ciel magnifique, quelques turbulences
Sur le plan technique, Ace Combat 8 réalise une avancée significative dans la série. Le passage à l'Unreal Engine 5 permet de profiter d'environnements plus détaillés, de modèles d'avions particulièrement soignés et d'effets visuels nettement plus impressionnants. Les villes, les installations militaires, les reliefs et les vastes étendues maritimes participent à la crédibilité des zones survolées. Certaines destructions affectent également directement le décor, avec des bâtiments susceptibles de s'effondrer et des explosions provoquant des réactions en chaîne.
La plus grande réussite visuelle reste néanmoins la représentation du ciel. Grâce à la technologie propriétaire Cloudly, les formations nuageuses atteignent un niveau de réalisme remarquable. Leur densité, leur éclairage et leur évolution donnent une véritable profondeur aux environnements. Les conditions météorologiques changent également pendant les missions, avec des passages pluvieux, des perturbations et des variations de visibilité qui renforcent considérablement l'immersion. Le résultat est particulièrement saisissant lorsqu'un appareil traverse une épaisse couche nuageuse avant de retrouver une zone entièrement dégagée.
Surtout, ces conditions ne servent pas uniquement à rendre le jeu plus agréable à regarder. Les nuages influencent directement les affrontements en réduisant la visibilité et en compliquant le suivi des adversaires. Ils peuvent également perturber temporairement l'orientation du joueur, qui doit adapter sa trajectoire et surveiller son environnement. La météo devient ainsi un élément de gameplay à part entière, ajoutant une dimension supplémentaire aux engagements. C'est une évolution particulièrement pertinente pour une série qui repose depuis toujours sur la maîtrise de l'espace aérien.
La réalisation sonore mérite également d'être saluée. Les réacteurs, les explosions, les alertes du cockpit et les communications radio donnent une intensité remarquable aux combats. Les échanges permanents entre les différents intervenants permettent de suivre l'évolution de la bataille, même lorsque plusieurs affrontements se déroulent simultanément. Comme souvent dans la franchise, la bande originale accompagne parfaitement l'action, alternant compositions orchestrales et morceaux plus rythmés. Certaines rencontres importantes bénéficient d'un accompagnement musical particulièrement réussi, qui participe directement à leur impact.
Les séquences cinématiques ont, elles aussi, bénéficié d'un important travail. Les animations faciales, les mouvements des personnages et les cadrages sont beaucoup plus convaincants que dans l'épisode précédent. Le choix de la première personne apporte une proximité appréciable avec les membres de l'équipage, même si quelques interactions limitées à une simple pression sur un bouton paraissent assez artificielles. La mise en scène se montre ambitieuse, mais cette volonté de raconter davantage finit parfois par prendre trop de place dans un jeu dont le principal intérêt reste naturellement les affrontements aériens.
Cette présentation particulièrement travaillée possède toutefois quelques contreparties techniques. Sur PC, l'optimisation se révèle sensiblement plus exigeante. Les paramètres graphiques élevés peuvent demander une configuration très puissante, notamment pour conserver une fréquence d'images stable dans les passages les plus chargés. Ces défauts n'empêchent pas Ace Combat 8 de proposer une réalisation particulièrement convaincante, mais ils expliquent pourquoi le résultat n'est pas totalement irréprochable. Les performances auraient mérité un travail supplémentaire, particulièrement sur PC, où l'utilisation des technologies de mise à l'échelle devient importante pour profiter des réglages les plus ambitieux. Le contraste entre des environnements parfois magnifiques et quelques approximations visuelles reste également perceptible. Rien de suffisamment grave pour compromettre l'expérience, mais des imperfections que l'on remarque sur une production de cette envergure (le travail sur les bâtiments au sol aurait pu être plus réaliste, mais probablement trop gourmand).
Au-delà de la campagne, Bandai Namco a également souhaité développer beaucoup plus largement les fonctionnalités multijoueurs. Regroupées sous le nom Ace Combat Online, elles proposent une expérience distincte du mode solo, avec sa propre progression, ses appareils à débloquer et ses récompenses. Les joueurs incarnent ici des pilotes mercenaires et peuvent rejoindre une base aérienne virtuelle accueillant jusqu'à cent personnes. Cet espace permet de personnaliser son personnage, de consulter différentes activités et de retrouver d'autres pilotes avant de participer aux missions. Il faut reconnaître que ce mode en ligne donne à Ace Combat 8 une ampleur supérieure à celle de son prédécesseur. Les affrontements coopératifs, les événements temporaires et la progression des appareils constituent autant de raisons de revenir après avoir terminé la campagne. La réussite de cette partie dépendra surtout de la qualité du suivi assuré par Bandai Namco et de sa capacité à maintenir une communauté suffisamment active. Pour autant, l'intérêt principal du titre demeure son aventure solo, largement assez consistante pour justifier à elle seule le retour de la série.
Avec Ace Combat 8 : Wings of Theve, Project Aces signe un épisode particulièrement complet, porté par une excellente campagne et des sensations de pilotage toujours aussi efficaces. Les progrès visuels, la variété des missions et les affrontements contre les pilotes d'élite constituent de solides arguments. Malgré des cinématiques parfois interminables et quelques défauts techniques, la franchise revient dans une forme remarquable.