Test : Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise - Nintendo Switch

Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise - Nintendo Switch
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Il y a des expériences qui nous marquent à jamais. Et il y a des rêves que l’on ne pense jamais voir se réaliser. La sortie de Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise est un peu l’accumulation de ces 2 affirmations. Nous voici face à la suite n’ayant jamais dû exister d’un jeu n’ayant jamais dû avoir la popularité qu’il a reçu. Mais comme on dit souvent (ou ''comme dit'' si vous êtes du Grand Est) tout peut arriver. Pour le meilleur. Et pour le pire ?

Test effectué à partir d'une version Nintendo Switch

Soyons francs dès le début : ce deuxième épisode de Deadly Premonition est un véritable casse-tête à chroniquer, tout comme l’était son prédécesseur. Mais d’abord, un peu d’histoire. En 2010 sortait Deadly Premonition, un jeu d’horreur psychologique souvent comparé injustement à Alan Wake. Pourquoi injustement ? Parce que les deux jeux n’ont rien à voir en dehors de leur appartenance au genre horrifique. Ce serait un peu comme comparer The Ring à Scream. Deadly Premonition nous mettait dans la peau de l’agent du FBI Morgan, se rendant dans la petite ville de Greenvale, pour enquêter sur un étrange meurtre rituel dans lequel des traces d’une drogue qu’il chasse depuis des années ont été retrouvées. Histoire alléchante et, il faut le dire, très bien menée de bout en bout avec de très bons personnages et un univers très intéressant inspiré par Twin Peaks.

Mauvais pressentiment ?

Deadly Premonition était une vraie claque à ce niveau, et à ce jour le titre est toujours ce que nous avons eu de plus proche de l’univers de David Lynch dans le monde du jeu vidéo. Malheureusement, c'était une horreur technique. Un jeu techniquement au niveau de la Dreamcast mais sorti sur Xbox 360, et beaucoup se sont arrêtés à ça pour le juger. Si on ne juge pas un livre à sa couverture, on ne peut malheureusement pas dire la même chose dans le jeu vidéo... C’est de là qu’est venue la division entre ceux ne voulant même pas y jeter un œil à cause d’une technique datée et ceux louant ses qualités d’écriture et de narration. Malgré cette division, Deadly Premonition a gagné de la renommée. Il était certes loin d’un énorme succès commercial mais était aussi très loin du désastre annoncé par beaucoup. Le résultat fut une sortie sur PS3 en version Director’s Cut et une ressortie sur Switch. 

Deadly Premonition 2

Ce jeu a eu une influence certaine : impossible par exemple de ne pas voir du Deadly Premonition dans Twin Mirrors de Dontnod, et bien d’autres. Son créateur Suehiro Hidetaka - ou SWERY pour les intimes - s’est établi comme un auteur apportant de nouveaux projets, tous s'intégrant dans son univers si particulier (D4, The Missing...). On peut dire que, grâce à son bébé, SWERY est un peu devenu le David Lynch du jeu vidéo. C’est 10 ans plus tard qu’une suite verra le jour, une suite qui n’était pas vraiment espérée, et maintenant vous savez pourquoi. Mais n’oublions pas que David Lynch était de retour avec Twin Peaks en 2018, alors il était temps pour SWERY de revenir à Deadly Premonition.
 
Deadly Premonition 2

Petit coup de rouge

Et, comme exposé dès le début, ce deuxième épisode est un vrai casse-tête à chroniquer. La division créée par le premier épisode est toujours présente, et il y a fort à penser qu’elle le sera encore plus cette fois-ci. Évacuons donc ça dès le début : Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise est un désastre technique. Dix ans ont passé, mais c’est toujours aussi laid. Parfois même encore plus laid que dans le premier opus ! Nous avons droit à une espèce de cel shading mélangé à de la 3D, et ça ne rend pas bien du tout. Les personnages sont tous rigides et n’ont rien de beau, les environnements sont vides et ressemblent à de la PS2, et surtout toute cette laideur est accompagnée par du clipping et de gros ralentissements. On parle beaucoup de cahier des charges ces derniers temps, et croyez-nous, Deadly Premonition 2 a rempli son cahier des charges de ce qu’il ne fallait PAS faire au niveau technique. On a très souvent l’impression que le premier épisode était techniquement au-dessus, rien que pour les ralentissements, ce qui est vraiment un comble. Une fois ce constat fait, il ne reste plus qu’à espérer. A espérer que, comme son prédécesseur, le fond ne sera pas au même niveau que la forme...

Deadly Premonition 2

Et, à ce niveau, on ne peut que pousser un gros ouf de soulagement. Pourtant, ce n’était pas gagné. Si le premier épisode vous plongeait directement dans le bain, le second décide de prendre son temps. Tout ça donne lieu à quelques longueurs sur les premières heures, mais on les oublie par la suite très vite. Deadly Premonition 2 est une nouvelle fois une enquête. En 2019, l’agent du FBI Aliyah Davis rend visite à un agent Morgan malade et retraité afin de lui poser des questions sur l'une de ses anciennes affaires qui semble liée de très près avec celle sur laquelle elle enquête en ce moment même. L’histoire prend donc la forme d’un flashback entrecoupé de scènes du présent. L’enquête que l’on nous propose de revivre prend place en 2005, avant les événements du premier épisode, à Le Carré, petite ville tranquille de Louisiane. Morgan est arrivé là-bas en suivant son instinct pour chasser la drogue faisant actuellement des ravages : le Saint Rouge. Bizarrement, l’arrivée de l’agent du FBI coïncide avec un meurtre étrange dans cette ville qui a pourtant toujours été tellement tranquille… Ou peut-être pas.

Deadly Premonition 2

Vaudou, mon amour

Si Deadly Premonition nous plongeait dans le froid, le bois et la pluie, ici nous avons droit au soleil, aux cannes à sucre et au bayou. N’oublions pas que nous sommes aussi en territoire vaudou (une religion bien représentée dans le jeu) et que ça aura une énorme importance sur l’histoire. Deadly Premonition a toujours fonctionné comme un Silent Hill : une ville bien sous tout rapport possédant aussi un monde parallèle effrayant. Vous accéderez au monde parallèle au cours de l’enquête, ou tout simplement la nuit, car il ne fait pas bon être dehors à Le Carré entre minuit et 6 heures du matin. Pendant cette période, la ville devient le terrain de jeu des ombres rouges et vous n’avez aucune envie de les rencontrer. 

Deadly Premonition 2

Durant l’aventure, l’agent Morgan sera accompagné par Patricia, une enfant locale qui est aussi la fille du shérif et qui a décidé d’être son assistante. Bien sûr, vous pourrez parler à beaucoup de personnages et vous aurez des dialogues longs mais pas forcément inintéressants. Dans plusieurs d'entre eux, on reconnaîtra la patte de SWERY, ce qui fait que, même s’ils sont très laids, les personnages sont tout de même très intéressants. Bien sûr, la star ici est l’agent Morgan, qui ne peut s’empêcher de faire des références cinématographiques, de sortir des réflexions bien senties ou de ne pas se prendre au sérieux. On a toujours droit au duo Agent Morgan/Zach, qui était déjà une particularité du premier épisode, et ce duo est toujours aussi original et fonctionne toujours aussi bien.
 
Deadly Premonition 2

Francis York Pro Skater

L’enquête se déroule de la manière suivante : Morgan reçoit un oracle de l’Houngan (personnage mythique de la culture vaudou), un autre personnage original apparaissant dans les reflets, car nous sommes en Louisiane et Morgan n’est pas un agent aux méthodes conventionnelles. Nous devons ensuite décrypter cet oracle, car il nous donne en réalité des lieux et des choses à faire ou une scène à examiner pour trouver des indices. Une fois ces choses faites, un chemin s’ouvre vers le monde parallèle et c’est là que nous recevons de vraies réponses sur notre affaire. Vous devrez ensuite faire le point sur les relations entre les personnages et les différentes informations collectées. Un système plutôt bien rôdé, mais qui a des défauts. Tout d’abord, les rendez-vous à heure fixe. Si on peut comprendre la volonté de vouloir donner un côté réaliste, ils font perdre un temps incroyable, ne sont pas vraiment nécessaires et parfois même frustrants. Par exemple, vous devez aller chercher un objet disponible uniquement les lundis à 8h à un certain endroit, mais malheureusement on est mardi, il vous faudra donc attendre…

Deadly Premonition 2

Pour attendre, vous pourrez fumer (pas très 2020) ou dormir, et c’est comme ça qu’on passera beaucoup de temps à dormir dans la chambre d’hôtel. Mais pas de panique, il y a tout de même de quoi patienter. Par exemple, vous pourrez vous améliorer en fabriquant des artefacts vaudou, vous devrez donc parcourir la ville à la recherche des matériaux nécessaires, ou vous pourrez aussi effectuer les quêtes annexes. Malheureusement, les quêtes annexes sont très FedEx et peu intéressantes. La récolte de matériaux, malgré tout, ne prend jamais assez de temps pour vraiment faire passer les heures. Résultat, on dort ou fume beaucoup. Un autre problème est aussi l’ajout de mécaniques pas très utiles. Pourquoi devoir laver son costume ou prendre une douche ? Tout ça n’apporte pas grand-chose au tout. Si vous puez, des PNJ seront moins enclin à vous parler, mais ceci est très facile à rectifier et surtout on ne voit pas de grande différence en dehors des mouches vous tournant autour.
 
Deadly Premonition 2

A dans 25 ans, agent York...


On parle de ces mécaniques qui sont une nuisance, mais il faut être honnête : ce ne sont que des détails. Quand il s’agit d’histoire principale, Deadly Premonition 2 assure et est capable de scotcher. La qualité d’écriture est toujours présente et ça fait plaisir à voir, d'autant plus qu'on voudra abandonner plusieurs fois pendant le premier chapitre. En effet, ce dernier est en réalité un gros tutoriel, ce qui cause de la crispation et de la frustration, surtout quand le jeu prend bien son temps. Mais, sans spoiler, une chose se passe à la fin du chapitre un et c’est là que l’on peut se dire ''fini de rigoler''. En réalité, c’est à ce moment que l’on peut considérer que le vrai début du jeu se trouve. Et cet événement fera voir les choses différemment. On pourra se plaindre de la naïveté et de l’insouciance des scènes de jour, pourtant elles accentuent encore plus le contraste entre l’apparente tranquillité de la ville et les choses atroces qui s’y passent en réalité. Encore une fois, nous avons droit à une bonne histoire supportée par de bons personnages, originaux mais bien écrits.
 
Deadly Premonition 2

Un bon exemple est Patricia qui, si elle paraîtra énervante au début, deviendra très vite attachante, et ce sera la même chose pour les autres personnages. En fait, les personnages sont à l’image du jeu : ils sont repoussants au début mais il faut apprendre à les connaître. Ajoutons que Deadly Premonition 2 parle de problèmes sombres et réels, mais qu’il le fait avec brio sans en faire un argument marketing ou en le matraquant partout. Enfin, parlons d'un sujet qui fâche, le fameux skateboard. Voir un agent du FBI se déplacer en skateboard est plutôt drôle et original, et colle parfaitement au personnage et à l’univers du jeu. Malheureusement, la technique vient se mêler à ça et l’utilisation du skate vous donnera des ralentissements et des bruitages irritants, même s'il est toujours plaisant d’écouter Morgan faire un monologue pendant un trajet. C’est d'ailleurs pour cette raison seulement que l’on préférera le skate au déplacement rapide (même si avec le temps il répète toujours les mêmes choses). Ça et les temps de chargement parfois très longs.

Deadly Premonition 2

Bonus : theory time !

La drogue Saint Rouge est au centre de Deadly Premonition et la couleur rouge est aussi très présente dans The Missing et D4, deux titres du même auteur. Encore plus flagrant, une drogue rouge est présente dans D4, et les derniers mots de la femme assassinée du héros sont ''Look for D''. Au début de Deadly Premonition 2, l’agent Morgan fait une référence au film de 1942 La Féline, ou en VO Cat People, narrant l’histoire d’une femme se transformant en panthère. N’oublions pas que D4 a un personnage féminin se prenant pour un chat, et que le prochain jeu de SWERY (The Good Life) proposera d'incarner un personnage principal pouvant se transformer en chien... ou en chat. De plus, D est la quatrième lettre de l’alphabet, ce qui dans D4 donne 4x4 et donc 16. La 16° lettre de l’alphabet est P. Donc DP, comme… Tous les jeux seraient-ils liés ? NOUS SACHONS !!!
Morgan est le nom d’un autre personnage dans les jeux vidéo. Vous savez, un jeu de cowboy à l’écriture pompeuse, où tout le monde rabâche ''You're a good man, John Morgan'', comme pour accentuer ce qu’il est au cas où personne n’aurait compris. Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise est l’opposé de ce jeu. Un désastre technique, mais une écriture et un scénario à la pointe. Une nouvelle fois, nous avons un jeu SWERY, un jeu qui peut se décrire comme du David Lynch sur console. On a le sentiment que l’auteur a voulu nous dire ''je me fous de tout, je veux raconter mon histoire à ma façon'' et, pour cela, il divisera encore.

Comme du David Lynch, il ne parlera pas à tout le monde. Comme la fin de Game of Thrones, il divisera. Comme pour les derniers Star Wars, certains se demanderont pourquoi ce jeu existe. Pourtant, il existe bel et bien et on ne peut que saluer l’éditeur qui a pris le risque de sortir cette suite, de sortir un jeu différent. De sortir un jeu qui fait bien plus attention au fond qu’à la forme, un jeu qu’il faut faire l’effort de connaître si on veut l’apprécier et le comprendre. Honnêtement, la physique des couilles de chevaux, ou voir les cordes d’une guitare trembler, est-ce si important ? Pour Deadly Premonition 2 non, et il nous le fait comprendre : la vraie beauté est intérieure.
08 juillet 2020 à 16h43

Par

Points positifs

  • Des personnages originaux et bien écrits
  • Un univers toujours aussi intéressant
  • Bonne narration
  • Le folklore de Louisiane bien exploité
  • Une très bonne intrigue et un très bon scénario
  • Tellement de références que l’on apprendra forcément quelque chose

Points négatifs

  • Technique à la ramasse sur tous les points
  • Des longueurs
  • Des quêtes annexes pas très intéressantes
  • Certaines mécaniques inutiles

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