Test : Far Cry 5

Far Cry 5 - Xbox One

Genre : FPS au pays des bouseux

Date de sortie : 27 mars 2018

Genre
FPS au pays des bouseux
Date de sortie
27 mars 2018 - France
Développé par
Ubisoft
Edité par
Ubisoft
Disponible sur
PC, PS4, Xbox One
Modes de distribution
Boutique
Xbox Live Arcade
Site officiel
Site officiel
PEGI
 Interdit aux moins de 18 ans

Après l’Afrique, les tropiques, le Tibet et la préhistoire, Far Cry remet le couvert avec le Montana pour nouveau terrain de jeu. Thomas McGuane écrivait : “Giving freaks a pass is the oldest tradition in Montana.” Quoi de mieux, pour une secte de joyeux dingos, qu’un État où avoir une coupe mulet et des grenades dans sa table de chevet est « plutôt OK » ? Si vous aimez la country, les grosses truites et les couilles de taureaux, ce Far Cry 5 devrait toucher une corde sensible.

Test effectué à partir d'une version PS4

Autant ne pas y aller par quatre chemins : l’introduction de Far Cry 5 est une des plus réussies de la série. Vous et vos potes Marshalls avez décidé de mettre le paquet sur la table et débouler en hélico avec les collègues pour coffrer Joseph Seed, le gourou de la secte d’Eden’s Gate, composée d’une belle bande de religieux fanatiques complètement timbrés et plutôt violents (la V.F. les appelle les « cinglés »). Bien évidemment, tout ne se passe pas comme prévu et vous vous retrouverez seul à devoir rassembler les survivants d’Hope County, Montana, US of mo’fukin A, de les libérer du joug cultiste en reversant Josef et sa bande. Outre Josef, cette dernière est composée de trois lieutenants principaux : John, le « yes » man chez qui tu finis mal si tu ne réponds pas à toutes ses demandes par la positive ; Faith, la gentille hippie qui fait pousser ses plantes et les transforme en drogue (la « Grâce ») pour contrôler tous ses sbires ; Jacob, qui dresse des loups de ouf, oklm, pour faire disparaître tous les « faibles » s’opposant à la secte. Chacun de ces lieutenants a le contrôle d’une région entière et, bien évidemment, vous devrez tous les éliminer pour avoir la possibilité de mettre Josef en prison ou six pieds sous terre.

Far Cry 5
Le développement de l’intrigue se fait logiquement région par région, même si aucune obligation ne vous contraindra à ce niveau. Vous pourrez commencer l’aventure par n’importe quel bout de la carte, la progression de cet épisode de la série étant assez originale. Pour chaque fait accompli dans la région, vous remplirez petit à petit une jauge de réputation. Une fois complète, la quête pour confronter le chef de la région sera disponible, vous laissant la voie libre de continuer l’aventure directement, ou de vous attarder encore un peu sur les nombreuses missions de la région. Ces dernières restent d’ailleurs très classiques. Vous aurez le choix entre les quêtes principales, les quêtes annexes (allant du FedEx simple et basique à des choses plus frappadingues comme sait le faire Ubisoft), les libérations de camps possédés par le culte ou encore la découverte de caches de survivalistes vous accordant des points de compétences ainsi que du flouze à dépenser pour acheter armes, vêtements et nouveaux véhicules.

D’autres micro-activités feront également avancer votre barre, comme le fait de tuer un « VIP » du culte (des ennemis un poil plus résistants), de libérer des otages ou encore de détruire des installations de la secte comme des sanctuaires ou encore des silos à grains. Si l’on saluera la disparition des tours radios pour débloquer la carte, la libre exploration et progression très ouverte du jeu, on n’oublie pas de mettre un petit taquet aux différents « kidnappings narratifs » qui arrivent au fur et à mesure de votre avancée dans l’histoire. En effet, les développeurs ont jugé bon de vous balancer des pans narratifs à la gueule par l’intermédiaire de cut-scènes qu’il est impossible d’esquiver. De temps à autres, pendant la partie, le boss de la région dans laquelle vous évoluez aura un besoin fou de vous raconter des trucs et, pour ce faire, rien de plus simple que de vous kidnapper et de vous ramener dans sa base pour un petit tête à tête. Seulement, ce kidnapping arrivera à n’importe quel moment, que vous soyez en train de boucler une quête bien relou ou au milieu d’une discussion avec un autre PNJ. C’est particulièrement rageant quand ça arrive au mauvais moment et on aurait pendu haut et court plus d’une fois le type responsable de ce genre de mécanique.

Far Cry & Fines herbes

Les points de compétences mentionnés plus tôt vous permettent de débloquer différents talents allant de l’utilisation du Wingsuit ou du parachute, en passant par l’augmentation de la barre de vie jusqu’à la possibilité de porter plus d’armes et de munitions. L’originalité vient du fait que vos points de compétences ne seront pas obtenus à travers le gain d’expérience habituel, mais par la réalisation de « hauts faits » comme le fait de dépecer « x » bêtes, de tuer « x » ennemis au lance-flamme et de réaliser « x » exécutions silencieuses. Le reste des points se ramasse directement dans le jeu, à travers des magazines disposés dans les différents points d’intérêts qui constellent Hope County.

Autre nouveauté, vous pourrez être accompagnés en combat par des « experts » que vous débloquerez après avoir réussi des petites missions. Il y en a pour tous les goûts : le chien qui détecte les ennemis, la vieille qui vous assiste en hélico, le red-neck au lance-flamme, etc. Si ça partait d’un bon sentiment, l’utilisation de ces experts est plus souvent handicapante qu’autre chose, surtout avec les bugs qui gangrènent encore le jeu. On ne parlera pas des copains qui restent posés dans le feu, qui vous bloquent le passage à tout va ou qui oublient de vous ressusciter à un moment crucial du combat. Si on ne s’attarde pas sur les bugs de pathfinding, de quêtes qui foirent ou encore de scripts qui ne s’exécutent pas, on s’arrêtera quelques instants pour évoquer l’intelligence artificielle du jeu, gros point faible de la série. MESSIEURS, IL FAUT QUE CELA S’ARRÊTE.

Problème récurrent de la série, l’intelligence artificielle dans Far Cry 5 n’a pas réellement évolué et vous confrontera toujours aux ennemis atteint du syndrome du poulet sans tête. Courant les bras en l’air la plupart du temps et fonçant tête baissée vers vous faisant fît du lance-grenade entre vos mains, ces satanés cultistes restent en parfaite connexion cosmique entre eux et bien conscients de votre position. En d’autres termes : une fois repéré par un guet à un bout du camp, tout le monde est au courant et arrive au galop sur votre petit boule.


Le même problème concerne vos alliés puisque leurs bons « moves » sont assez rares : n’espérez pas avoir une couverture digne de ce nom ou un appui au bon moment. Ils restent souvent à proximité, choisissant les cibles un peu au hasard ou répondant à vos demandes lorsque vous leur pointez du doigt un ennemi à abattre. Souvent mis au tapis, relever vos « experts » du K.O. en plein combat est souvent synonyme de Game Over pour vous puisque pris pour cible de tous les côtés, le jeu étant assez punitif de ce côté.

Ce genre de problème d’I.A. laisse souvent place à des situations plutôt inconfortables, voire très frustrantes. Par exemple, vos ennemis n’auront jamais, comme vous, la vision obstruée par les branches d’arbres de forêt et autres herbes hautes *attention sarcasme* PLUTÔT RARE DANS LE MONTANA. Rien de plus marrant que ramper pensant être invisible pour vos ennemis qui, eux, cachés derrière 35 lignes de feuillages, sont morts de rire en vous mitraillant allègrement la gueule. D’ailleurs, cette omniscience constante des ennemis casse pas mal de mécaniques qui faisaient le sel du jeu, comme les phases d’infiltration, devenues infaisables. Une fois la première flèche décochée (notamment dans les camps assez denses), il ne vous reste que peu de temps avant de sortir la batteuse et de faire pleuvoir le feu sur les cultistes barbus.

"You're gonna need a fucking army to take me down !"

Mécanique centrale de Far Cry 2, le feu et sa propagation avaient fait sensation à l’époque, par son originalité tout d’abord, mais également par son impact direct sur le gameplay et les phases d’action, tant la broussaille sèche pouvait vite s’enflammer et déborder le joueur alors en plein combat. Dans Far Cry 5, le feu est toujours présent, un peu trop même. À croire que les développeurs ont veillé de manière très pointue à enduire chaque objet du jeu d’une bonne couche de gazoline. Le feu prend vite, très vite, et il est rare de finir un combat sans que la moitié de l’écran ne se soit enflammé à un moment ou à un autre, incluant vous et vos « experts » dans le tas. Il arrive souvent de devoir ramener un véhicule d’un point A à un point B, de frôler du feu sur le chemin, pour que, sans vous en rendre compte, le véhicule brûle petit à petit et explose en pleine route.
 

Car il faut dire que vos pérégrinations sur les routes du Montana ne seront pas de tout repos tant les membres de la secte rôdent et contrôlent les routes avec une anormale rigueur. Il est rare de pouvoir rouler pendant une minute sans croiser un ou deux psychopathes se jetant à vos trousses en tirant à vau-l’eau, une voiture de patrouille faisant crisser et chauffer la mitraille lors de votre passage ou encore un pilote d’avion s’écriant « je prends l’hérétique en chasse », vous pilonnant au sol avec tout ce qu’il a. Si, par malheur, ces situations s’enchainent, voire se superposent, bon courage pour rester en vie. De plus, quand vous êtes attaqué par surprise, alors qu’il est difficile de faire rapidement la distinction entre les amis et les ennemis, les balles entament votre vie très rapidement, plus rapidement qu’à l’accoutumée, surtout lorsqu’il est difficile de mettre la main sur de l’armure facilement. En attendant d’éventuels correctifs, le jeu reste assez punitif, injuste par moments, dans les combats, même si la mort n’est pas punitive en soit et vous fait redémarrer l’action au dernier point de contrôle (qui sont très nombreux).


Ainsi, même si le fait de se promener dans une zone contrôlée par des fous furieux avec la religion extrémiste et les flingues comme ligne de vie n’est pas super paisible, on aurait aimé pouvoir déambuler de manière plus sereine par moments, histoire de respirer et de s’imprégner davantage du fabuleux travail de reconstitution de la faune et la flore mené avec brio par les équipes d’Ubisoft. Car si le système de combat reste à parfaire, déambuler dans les paysages et environnements de Far Cry 5 est un vrai plaisir.

Zone de confort des équipes d’Ubisoft, la transformation 3D d’environnements existants est encore une fois pleinement réussie. Tout d’abord, c’est très beau. L’immersion est totale et on n’a aucun mal à se la jouer vrai Shérif dans ce Montana plein de vie et de réalisme. Que cela soit à travers une forêt, sur un bateau remontant un fleuve ou escaladant un mur à côté d’une cascade, on y croit toujours, malgré une absence d’intempéries que l’on aurait accueillies avec joie. Ce sentiment est accentué par la constante présence d’une faune qui n’hésite pas à faire intéragir les animaux entre eux, mais également avec vous et vos ennemis. Cela laisse la place à des scènes cocasses, voire grotesques par moments : un ours pourra totalement débouler dans un camp du culte et attaquer tout le monde, avant de prendre feu tout en continuant de vous pourchasser jusqu’à ce que vous le mettiez au sol à coups de pelle. C’est avant tout ça, Far Cry 5, un ensemble de systèmes qui interagissent afin de donner, par moments, une tournure vraiment unique à votre partie.

Far Cry 5
D’ailleurs, comme tout bon Far Cry qui se respecte, vous aurez la possibilité de chasser et pêcher toutes ces petites bêbêtes. Cette fois, les développeurs ont décidé de ne pas rendre l’activité indispensable puisque, mis à part la possibilité de revendre les peaux et poissons attrapés, vos prises ne serviront plus à crafter quoi que ce soit. On pourra reprocher à la chasse d’être un peu confuse par moments puisque les bêtes prendront la fuite après avoir été touchées une première fois. Comme la majorité de vos proies courent plus vite que vous, si elle ne meurt pas en un coup, il est difficile de garder votre cible en vue et de la pister par la suite, ce qui rend l’activité assez fastidieuse. Pour la pêche, vous aurez la possibilité de participer à un concours libre et de ramener les plus gros poissons dans chacune des régions ce qui, au final, n’est pas non plus super passionnant puisque peu gratifiant. Le jeu vous permettra également de ramasser tout un tas d’objet et de plantes, laissant la place à la fabrication d’explosifs ou encore de stimulants (vitesse, force, détection des animaux), classiques à la série, mais qu’on oublie assez vite tant à la fois le procédé et l’utilisation restent anecdotiques.

Pour terminer, il fallait bien évoquer le propos global du jeu qui semble avoir divisé la communauté des joueurs, surtout dans sa période pré-lancement. Alors que les Européens s’attendaient à une critique de la pensée de l’Amérique profonde en proie au racisme, à la faible régulation des armes et au sectarisme primaire, les développeurs ont vite rattrapé le coup en précisant que le but central du jeu n’était absolument pas celui de mettre une raclée gratuite aux red-neck pro-Trump. La levée de boucliers et les menaces de boycott de la part de la population précitée ont permis aux gens de chez Ubisoft d’arrondir les angles en précisant que le Montana serait un terrain de jeu « lambda » avec pour ennemis une secte, sans forcément avoir à transposer et analyser les aspirations de cette dernière avec les événements qui se déroule dans notre réalité. Du coup, pensant enfin avoir un opus engagé, proposant une narration à grands coups de poings dans la gueule, on se retrouve avec un titre conduit par une écriture très classique sans grandes envolées et sans réelle saveur. Dommage.

Article rédigé par Lorris , le

Attendu par tous les joueurs avides de narration « coup de poing », ce nouvel épisode de Far Cry déçoit tant par le manque de prise de risque en terme de narration que dans le manque de renouvellement des mécaniques déjà usées et recyclées par les précédents épisodes. Les nombreux bugs de scripts ou l’I.A. qui frôle le ridicule n’aident pas vraiment à faire passer une pilule déjà bien pleine de défauts. Toutefois, saluons l’effort des équipes d’Ubisoft pour nous immerger de fort belle manière dans un Montana plein de vie et de petits systèmes interactifs qui sont souvent synonymes de parties au déroulement unique.

Points positifs

  • C’est beau
  • L’immersion au poil
  • Chaque bâtiment est unique et raconte une histoire
  • La progression plus ouverte
  • Les animations réalistes des combats
  • Durée de vie plus que correcte

Points négatifs

  • La narration vraiment plate
  • Les kidnappings narratifs
  • L’intelligence artificielle ratée
  • Le rythme vraiment trop rapide par moments (trop d’ennemis sur les routes et dans les airs)
  • Difficulté parfois injuste
  • Les combats de boss peu intéressants
  • Bugs en tous genres (scripts, collisions, etc.)
  • Une impression de Far Cry 3.5, enfin, 4.5, enfin voilà quoi

A propos de l'auteur

Lorris

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Nonobstant les ouï-dires et les non-dits de ceux qui pensent que non et de ceux qui estiment que oui, Lorris demeure un génie incompris. Utilisant constamment un langage profane qui sied à sa caste de jeune kikoo-gamer-du-web, ce candide éphèbe qui newse, teste, et previewte n'est finalement qu'un esprit brillant parmi les autres cucurbitacées qu'il tient pour collègues. Sinon, Lorris est une âme modeste, offrant son corps pour partager avec délectation et frivolité sa passion qui l'anime dans le manoeuvrage du joystick et non pas du droit de cuissage comme certains butors le feraient entendre.

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