Gagner la Guerre, de Jean-Philippe Jaworski : un must have !

Gagner la Guerre, de Jean-Philippe Jaworski : un must have !

Dans Geekérature, par Valet2trefle le 09 mars 2017

Une histoire forte en rebondissements

C'est au cœur de cet univers réussi que l'on suit Benvenuto Gesufal, ancien vétéran des Phalanges, assassin émérite de la Guilde des Chuchoteurs et maître espion de son excellence le Podestat de la République de Ciudalia, Leonide Ducatore. Enfin ça, c'est la présentation officielle. Plus honnêtement, Benvenuto est une fripouille de spadassin, cynique, caractériel, violent, fier, drôle et intelligent qui va se retrouver embarqué dans une succession de coups fourrés, de traitrises et de complots à tiroirs orchestrés par des personnalités politiques qui font passer les Borgia pour de véritables amateurs. Car écraser la flotte de Ressine au Cap Sibylos ne suffit pas pour gagner la guerre et en tirer le plus de profits... Les véritables enjeux sont internes et commence alors une lutte larvée pour la prise de pouvoir au sein même de la République.

Comme vous l'avez compris, l'intrigue est foisonnante et l'écriture, elle, est brillante. La gouaille de Benvenuto amène plus d'une fois un sourire aux lèvres et certaines scènes sont tout simplement jubilatoires. L'écrivain a le sens des dialogues et sait utiliser un vocabulaire riche et imagé, souvent tiré de l'argot, pour affûter sa plume déjà bien acérée :

" Vu que ce rade est plein de trèpe et de courants d’air, on va bagouler en jobelin pour jaspiner de nos flanches. "

Retiré de son contexte, cette phrase est difficile à comprendre, mais Jaworski réussit si bien à nous plonger dans son histoire qu'à aucun moment le lecteur ne se sent perdu. Le style argotique est également loin d'être le seul qu'il maîtrise, l'auteur pouvant aussi bien s'exprimer en rimes que rédiger un discours politique :

" Est-il abusif, pour un homme de gouvernement, de subordonner la nation à son propre intérêt ? Les rêveurs, les naïfs, les hypocrites s'en offusqueront. Pas moi. Je n'avance pas cela parce que j'essaierais de légitimer mes pratiques. Je n'échafaude point de vains prétextes, destinés à tromper l'intelligence de mes partisans, à singer l'honnêteté sur le théâtre de ma conscience. Je suis clair avec moi-même : j'assume mes actes, je profite de la situation, je me sers de ma position à des fins personnelles. "

Chaque personnage a une personnalité bien marquée, un passé fouillé et un caractère complexe qui le rend profondément humain... même si la plupart du temps il s'agit d'un enfoiré profond ! Jaworski nous propose des personnages loins de l’archétype du héros au grand cœur. Benvenuto n'est pas "super classe", il n'est pas un prince charmant, ni un Robin des Bois. Le livre commence en le présentant malade comme un chien, en train de cracher tripes et boyaux par dessus bord parce qu’il a le mal de mer. Original !

En résumé


Les +

- Une histoire racontée par un vilain personnage plein de verve, aux mœurs douteuses mais terriblement sympathique
- Une intrigue passionnante du début à la fin
- Des personnages secondaires magistraux (mention spéciale pour Leonide Ducatore)
- On se marre bien !

Les -

- L'absence de carte du Vieux Royaume dans la version poche

Aux premiers abords, ce pavé de 982 pages (version poche) a de quoi faire peur, mais il suffit d'un coup d'œil aux premières lignes pour se retrouver avec un sourire goguenard sur les lèvres et une méchante envie de cogner le premier salopiaud qui vous empêcherait de lire la suite.

Gagner la Guerre se lit d'une traite, commence sur les chapeaux de roues, ne subit jamais de baisse de régime et se termine de façon magistrale, en un seul mot... mais quel mot !
Vraiment, à ne pas louper.

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