SHADOW : le cloud computer des gamers à la française

SHADOW : le cloud computer des gamers à la française

Dans Matériel, par Visiteur du Futur le 01 juin 2017

Se brancher à un ordinateur haut de gamme via Internet et profiter de la puissance monstrueuse de la bête pour jouer à ses titres favoris, en réglages tout à fond pour décoller sa rétine et avec des perf fps et fluidité au top ? En gros, du véritable coud-gaming, cloud-computing même, qui fonctionne et qui déchire ? C'est la promesse de Blade, une start-up française qui arrive sur le marché avec son offre « Shadow » : pour une somme fixe par mois, vous profitez d'une machine avec une GTX 1070 dédiée, processeur Xeon de 6 threads dédiées, 12 Go RAM dédiée et le SDD qui va bien (évidemment lui aussi dédié).

Le pari est-il réussi ? Votre serviteur a pu tester l'offre grand public en conditions réelles depuis plusieurs jours et il est tenté de répondre « Oui ». Avec les mesures de prudence qui s'imposent. Mais on va pas se mentir : toute cette affaire sent bon. Très bon même !

Cloud-gaming ? Cloud-computing ? Concrètement ça veut dire quoi ?

Oui parce que bon, c'est bien gentil tous ces termes, mais on s'y perd un peu à force. Surtout que l'utilisateur averti ou simplement un peu malin sait bien qu'avec les solutions « miracles » il y a bien souvent anguille sous roche. La méfiance est donc de mise. D'abord, soyons certains de bien comprendre de quoi on parle.

Ces dernières années, plusieurs grands acteurs du jeu vidéo et du matériel ont lancé des offres dites de « cloud », c'est-à-dire d'un service dématérialisé accessible via une connexion Internet et qui permettait d'utiliser le contenu mis à disposition par l'opérateur. Quel est donc ce contenu ? Pour l'industrie du jeu vidéo, il varie peu et voici deux exemples bien connus :

•    Sony et son « Playstation Now » : on streame directement les jeux du PSN sur sa machine, ce qui signifie que ce sont les serveurs côté Sony qui font tout le boulot. C'est la définition parfaite du cloud gaming : on accède à son jeu via un stream (flux) internet
•    NVIDIA et son programme « Grid » : là, on accède directement du matériel chez NVIDIA, en particulier des cartes graphiques spécifiques. Néanmoins, comme chez Sony d'ailleurs, ce matériel est partagé entre plusieurs utilisateurs et la disponibilité de la pleine puissance peut fluctuer significativement selon le taux de demande. Ce service est un exemple de cloud computing : on accède à une machine via un stream (flux) internet

Dit comme ça, c'est tout simple, et dans la pratique ça l'est. Néanmoins, si le service de Sony fonctionne bien (pour des raisons qui dépassent le cadre de cet article), celui de NVIDIA en revanche est souvent sujet à de gros reproches et n'a guère généré une immense adhésion auprès des gamers. Les concurrents directs de NVIDIA ne font toutefois pas beaucoup mieux, à une exception notable aujourd'hui surtout disponible en Amérique.

Méfiance avions-nous dit ? Oui, et à raison. La première fois que j'ai entendu parler de Shadow, j'étais dubitatif. En y regardant de plus près, cependant, j'ai dû constater que leur approche est radicalement différente de ce qui se fait aujourd'hui sur le marché et surtout que leur logique technique semblait bien plus pertinente. Plusieurs benchmarks élogieux et previews très prometteuses par des journalistes sérieux et au fait des choses ont fini par titiller ma curiosité.

Le concept de SHADOW

Qu'avons-nous dans Shadow ? À première vue, du cloud computing classique : l'entreprise nous propose d'accéder à son matériel informatique via une connexion Internet. Mais à la différence d'un NVIDIA qui partage sa carte graphique entre tous les utilisateurs, Shadow, lui, a mis en place du matériel dédié. C'est-à-dire ? Et bien, concrètement, mon abonnement me met à disposition intégrale une GTX 1070 : quand je ne l'utilise pas, cette dernière n'est pas employée par un autre abonné. Idem pour la mémoire vive : mes 12 GO de RAM sont à moi et rien qu'à moi, en aucun cas mutualisés avec les autres. Pareil pour mon espace disque (250 Go en SSD) et enfin reste le processeur où l'on me dédie 6 cœurs rien qu'à mon utilisation personnelle. Si j'ai envie de laisser ma machine inutilisée pendant des jours ou des semaines, Shadow n'y touchera jamais.

En conséquence, d'un point de vue matériel, la solution employée m'assure une disponibilité à 100 % sans rupture de charge ou ralentissement dû à un engorgement par les utilisateurs. C'est un point extrêmement important et impératif, à mon sens, pour assurer la viabilité des performances.
Je vous avais dit que cette affaire sentait bon, pas vrai ?

Mais concrètement, comment Shadow permet-il ces performances ? Et bien la start-up française utilise deux leviers très intéressants. En premier lieu nous avons un hardware spécifique sous cette forme :


boitier Shadow 1
Le boitier Shadow : un super-décodeur pour streamer en 2K/4K et 60 fps


Ce petit boîtier, c'est lui qu'on appelle Shadow. Il se connecte au datacenter de Blade où sont logées les machines et optimise les flux réseau et compression via un algorithme maison traité directement dans le hardware du boîtier, autrement dit dans un traitement de streaming local qui permet d'optimiser le rapport « qualité-réactivité » et donc d'afficher des performances théoriques bien supérieures aux services de streaming classiques comme celui de NVIDIA. Mais comment le boîtier réalise-t-il cette liaison ? En utilisant notre connexion Internet, tout simplement.

Et c'est là le deuxième gros morceau de l'affaire : la connexion entre le système et moi. Pour streamer efficacement en utilisant la pleine puissance de la machine, on s'attend évidemment à obtenir une connexion Internet à toute épreuve. Seule cette exigence permet de garantir 1) un framerate élevé et constant en haute qualité graphique et 2) une latence minimale, voire imperceptible, qui assure une réactivité immédiate dans les commandes.

Côté Shadow, l'infrastructure semble tout à fait au point : accord exclusif passé avec les opérateurs de France pour imposer un ping inférieur à 10 ms dans tous les cas, datacenter dédié opéré à 100% par l'entreprise et dédié uniquement à ses serveurs gamers, et enfin une équipe qui semble bien solide question compétences informatique & réseau (le détail LinkedIn des employés rassure pas mal sur ce point). Des tests sous Steam sont venus confirmer l'excellence du système : une moyenne de 50 à 60 Mo/s en téléchargement ! Sachant qu'en plus les serveurs de Steam sont largement connus pour leurs moindres performances, c'est dire si a priori on était loin du maximum

SHADOW Datacenter
Machine et ses copines, dans le data-center dédié de Blade en région parisienne


Et côté utilisateur alors ? Et bien c'est là que tout va se jouer. À titre d'exemple, on nous indique qu'un bon 20 Mbps permet d'être en full HD à 60 fps constant, ce qui reste le but ciblé par la grande partie des joueurs PCs que nous sommes, assez à cheval voire intégristes sur ces questions. En deçà, Shadow considère qu'une connexion de 5-7 Mbps peut convenir pour une performance acceptable, soit grosso modo moins de 1 Mo/s accessible par une ligne classique ADSL ou VDSL. Reste à définir ce que peut être cet « acceptable » pour chacun (résolution, fps, etc…). L'entreprise insiste toutefois avec force sur la nécessité de posséder une connexion stable, dont le débit ne joue pas au yoyo. En conséquence de quoi il semble tout à fait impératif de disposer d'une connexion fibrée ou au minimum d'une connexion cuivre VDSL performante. Ne pas s'y conformer serait s'exposer à un risque réel. Un outil sera à terme disponible pour que chacun puisse tester sa connexion Internet et découvrir si elle satisfait aux exigences minimales pour s'assurer d'une expérience de qualité. Je ne saurais que vous conseiller, si vous avez un doute, d'attendre cette feature.

Dans mon cas, j'ai la chance d'être fibré et de posséder un ping autour des 3 ms via wifi : autrement dit, je suis dans un cas ultra-favorable. En contrepartie, j'habite en IDF alors bon, y a pas de quoi vous sentir jaloux. :-( J'ai donc commandé mon Shadow avec beaucoup d'espoir. Ai-je eu raison ? Et bien, pour le moment, je dirais plutôt oui.

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