Fanday Blockbusters V2.0

Fanday Blockbusters V2.0

Dans Actu , par Vivian Darkbloom le 25 janvier 2008 à 21h19

Mardi dernier se tenait le Fanday Blockbusters cuvée Hiver 2008 ; réunion de journalistes et d’éditeurs [Ubisoft, Electronic Arts, Nobilis et Microsoft] organisée par les gens d’Heaven et dont l’objectif était de faire la promotion des futurs incontournables de la console de Microsoft. Loft lové dans une arrière-cour du XVIIème arrondissement de Paris. Buffet froid. Hôtesses exquises. Quelques gâteries gâteuses de dents ainsi que quelques petites pépites vidéoludiques génératrices de callosités au bout des doigts, Burnout Paradise, Devil May Cry 4, Lost Odyssey et Rainbow Six Vegas 2… Perspectives d’émerveillement pour les sens. Je pénètre dans l’arène sur la bonne foi de ces saintes promesses. Après avoir inscrit une immonde rature au côté de mon auguste patronyme, le factotum en faction devant les portes du vestibule me tend une poigne amicale, sur laquelle j’appose un léger frôlement de menton. Respectueux de la distance qui nous sépare. Quelques pas frivoles au milieu des badauds prolixes, mains en poche, œillet à la boutonnière. Au centre du pandémonium, face aux huit dispendieuses stations de jeu [des Xbox 360 associées à des écrans plats HD de 32 pouces], la foule pullule ; les coqs s’ébrouent, les coquettes minaudent. J’installe mes quartiers face au bar, point de ralliement des hommes de goût et prend la température de mes humeurs. Aigres douces. Trop de monde. L’incurie stylistique des gens de vingt ans m’exaspère… J’entame à peine mon étude du menu [un pique-nique scandaleusement prolétarien] quand la première présentation commence : Burnout Paradise. Une ablette en livrée d’étudiant [l’étudiant anonyme qui vise la moyenne et n’obtient jamais mieux] me soustrait à la vue de l’orateur ; une bonne chose. J’essuierai le son mais n’épongerai point l’image. Première réflexion : notre hôte enfile les épithètes comme d’autres enfilent les perles. Seconde réflexion : pour atteindre le véritable orgasme gustatif, l’impétrant goûteur se doit d’associer subtilement dés de féta et rondelles de chorizo. Toujours soucieux de favoriser l’édification de l’espèce en participant activement aux échanges transculturels, je murmure les fruits de ma seconde réflexion à mon voisin de buffet, un bedonnant débonnaire à la mâchoire ballante, lequel opine stupidement sans quitter l’insipide orateur des yeux. Le bocal de féta n’est pas à moitié vide que je suis déjà proprement ivre de ces « super » que notre présentateur insère avec dévotion entre chacun de ses immondes bégaiements. La logorrhée promotionnelle se grippe comme le pauvre garçon toussote son inepte discours. Résumons : dans Burnout Paradise, tout est « extra-super ». L’intelligence artificielle est super, le moteur 3D est super, les temps de chargements sont super [le fait est qu’il n’y en ait pas…], l’essence est super… Je tente donc un autre murmure à l’adresse d’un autre voisin, visiblement plus perplexe que le précédent : « Vous croyez qu’il peut nous en coller plus de dix à la minute ? » Son regard lourd d’anesthésique s’appesantit un instant sur le mien. Platitude lugubre. Gris perle sur gris pierre. Stupeur ! Je dois admettre qu’il est rare de rencontrer l’horizon de Bretagne au fond d’un regard parisien. Oh Boy ! Encéphalogramme plat. Lobotomie ? Ou plutôt : un marin ? N’insistons pas. Il va de soi que gloutonner bruyamment des chips dans le silence quasi religieux où flotte la voix tâtonnante d’un pauvre erre peinant à dresser le panégyrique du produit dont il a la responsabilité représente un moment d’exquise irrévérence. Ceux qui aiment à piaffer du pop-corn dans l’obscurité des temples où l’on projette les détritus palmés dont nous abreuve l’industrie cinématographique et devant lesquels se prosternent habituellement les lecteurs de Télérama reconnaîtront certainement un plaisir qui nous est commun : afficher ostensiblement sa désinvolture dans le silence sépulcral d’une componction indue. Voilà qui vous ragaillardit une canaille. Et le craquement de la chip a effectivement je ne sais quoi de politiquement horripilant. Du coup, je les enfourne par poignées de dix. Le tonnerre gras de la patate frite roule sous mes molaires. Mon entourage émet un vague grognement de protestation, mais n’ose faire étalage de son hostilité. Je goûte concurremment à un autre de ces plaisirs adventices que seules les meilleures mondanités savent procurer : extirper tel petit amalgame de nourriture de la cavité dentaire où ce dernier s’est niché au moyen d’un cure-dent. Comme disait jadis mon auteur favori : « j’auscultais mes sensations ; elles étaient délicieuses… » Je commence à peine à me lasser de ma petite séance d’irrévérence qu’une ravissante midinette, Miss Sophie, fait son entrée de l’autre côté du loft et prenant le relais de son soporifique collègue commence à évoquer Devil May Cry 4, la seconde vedette de la soirée. Je me mets naturellement à suivre, d’une œillade experte, les appétissantes rondeurs qu’enflent les nébulosités vestimentaires de notre charmante cicérone, gardant une oreille attentive sur les gargouillements internes d’un organisme toujours prompt à afficher son entière dévotion à la cause féminine… Mon dieu que ce jeu paraît plus prometteur que l’autre ! Ecrasant au passage quelques protubérances pédieuses enchaussées au plus vulgaire [l’expert ès sportswear dit aussi « des baskets »], votre serviteur, réalisant soudain l’importance des prérogatives qui lui ont été confiées, s’approche du devant de la scène à toutes fins de parfaire son jugement. Professionnalisme oblige… De près la bonne impression se confirme : la frange est coquette, la voix est fluette et l’ivoire mate du fond de teint contrarie avec beaucoup d’à propos la limpidité cristalline d’un beau regard de baltique. Châtain foncé, lustré, lisse, délice, malice… La souplesse du geste annonce un maniérisme du meilleur aloi. A l’élégance de la mise se superpose une émouvante impression d’ingénuité. La mélancolie du sourire suggère le charme d’une âme incertaine. Je constate à regret que les hanches sont un peu épaisses mais en contrepoint de ce désagréable écueil esthétique je m’émerveille que la cheville soit fine et les phalanges étroites. J’aime les chevilles fragiles et les mains osseuses. Et peu me chaut que Sophie entonne méthodiquement les fadaises triviales des communiqués de presse que les gens de sa profession récitent comme les curés psalmodient les versets bibliques ! Foutre-diable ! D’ailleurs la cause est entendue ; je sors prestement mon calepin : Devil May Cry 4, 7/10. Burnout Paradise, 2/10. Tous les débauchés vous le diront, le défaut des plaisirs des sens c’est qu’ils appartiennent au présent ; ils sont donc « fugitifs – hélas, comme les années ». Ma conclusion n’est-elle donc pas ratifiée, paraphée, inscrite au panthéon des clauses entendues, « Sophie mes suffrages sont à vous », que la demoiselle remballe ses atours de vingt ans et ses formules à vingt sous pour disparaître derrière un rideau de benêts benoits lesquels ont déjà fait volte-face. Par devers moi, un autre cabot vient de prendre la parole. La rugosité de cette voix d’homme qui a trop rapidement effacé la douce mélopée buccale de notre précédente présentatrice me donne des frissons de dégout : voilà qui solde le compte d’un sujet de toute façon superflu, Lost Odyssey, 1/10. N’est-il pas de première importance, lorsque l’on projette de conduire un reportage avec le maximum d’efficacité, de choisir astucieusement ses critères de subjectivité ? Une thèse qui ne m’a jamais paru aussi juste ! Et voilà votre serviteur, se frayant à nouveau un chemin plein de remous jusqu’au bar, lieu d’exil des désœuvrés, point de rassemblement des politologues en mal de publication : « Un Balvenie, dis-je au jeune échalas qui s’affaire mollement derrière le buffet. Sec ! – Plaît-il ? – Balvenie… Vous savez, l’écossais du Speyside, le whisky ! Et sans glace ! – J’en ai pas [d’une voix bovine] Mais je peux vous proposer du Banga… » That’s gonna be a long long night… Comme je commence à extraire [d’une main évidemment alanguie] un cigare de sa gangue métallique, mon gentil distributeur de sodas me toise soudain sévèrement : « Loi Evin. Please do not smoke… » Yes… That’s gonna be a long long night… D’un regard tout à la fois panoramique et anthropologique, j’évalue la consistance de l’assemblée : 95% des ressortissants sont du sexe masculin [ou assimilés « sans sexualité parfaitement circonscrite »]. Voilà qui laisse une large place à la gaudriole et aux envasements testiculaires. Voilà qui outrage mon hétérosexualité ! Restons académique et poursuivons l’analyse : 5% d’analphabètes purs, 90% d’analphabètes légers [ceux là savent épeler leur nom], le reste, 5%, estime qu’il faut mettre une majuscule aux Belles Lettres ; c’est déjà ça ! Mais ces trousseurs de subjonctif imparfait pensent encore que Joyce est un des pionniers du film érotique et Nabokov une marque de vodka. De dépit, j’agrippe le premier pad venu. Après quelques kilomètres d’errance ponctués d’accidents magistraux, j’enchaine trois courses consécutives dans Paradise City et débloque la seconde automobile. Pourquoi mes coreligionnaires, assis sur les sièges voisins, n’en ont-ils pas fait de même ? Peut-être parce qu’il fallait lire une phrase défilant sur les écrans de chargement pour comprendre comment engager des courses et des défis en instance… Une petite virée dans le mode Online ? La suggestion vient du responsable du produit chez EA, lequel me signale derechef, avec une sévérité empreinte de satisfaction, que lorsqu’un autre joueur réalise un Takedown [comprenez, lorsqu’un des carrossiers qui œuvrent sur le net pulvérise votre chignole en ricanant - trad LOL, mdr, XD !], pour peu que vous soyez équipé d’une webcam, votre frimousse [déconfite] apparaît sur l’écran du triomphateur. Démonstration ? Sitôt dit, sitôt fait : la boîte de vitesse sagement remisée sur le siège passager ! La tôle n’a jamais été si joliment froissée… « Oui, d’ailleurs moi aussi je me trouve très beau. Bon, ça sort quand sur PC ? – Jamais ! » Passons donc à autre chose. Tandis que mon collègue, Neji, s’inflige la purge d’une présentation de Tom Clancy’s Rainbow Six Vegas 2, je suis d’un œil pour le moins déconcerté les affligeantes prestations acrobatiques d’un impétrant danseur prisonnier d’une salle de Devil May Cry 4 et passant sa mauvaise humeur sur le mobilier. L’homme s’énerve, balaye à grands coups de claymore bancs inoffensifs et lutrins abasourdis, feint de se lasser, baisse même momentanément les bras et voilà alors ce tranche-montagne qui se met à me toiser d’un œil implorant, un œil qui sollicite de ma part une évidente réponse. Mais tout ce que je trouve de réconfortant à lui dire c’est : « Le narcissisme des jeux japonais m’a toujours mis mal à l’aise, pas vous ? » Non, pas lui… Un peu plus loin, Lost Odyssey exhibe ses liens de consanguinité avec l’inénarrable série de Square, Final Fantasy. Un peu plus loin encore, à l’embouchure enténébrée du porche sous lequel j’hume de larges nappes de tabac, une blonde malchanceuse passe puis repasse, rayon de platine triste crevant fugitivement l’orbe de la nuit. Un peu plus loin encore, il y a Paris, Pigalle, les petites femmes de Pigalle, et le picrate des petits caboulots de Montmartre. Soupir… Neji finit par sortir. La pupille humectée de bonheur et des jeux plein le sac. Verdict : « Burnout ça envoie grave ! Devil May Cry 4 c’est magnifique mais l’intérêt est encore incertain, Rainbow Six Vegas 2, non, là, ce n’est vraiment pas mon truc… » J’opine. As the Fanday suddenly fades away, Neji s’offre alors de m’offrir une bière. Sur quoi j’opine à nouveau. On ne vantera jamais assez l’hospitalité du peuple corse…

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