Ray a le Blues !

Ray a le Blues !

Dans Fourre-tout , par Vivian Darkbloom le 07 mai 2008 à 00h33

En dépit du crépuscule qui est récemment tombé sur la guerre de la Vidéo Haute Définition [HDV] suite au retrait de tous les acteurs du consortium dévolu au HD-DVD et mené [jusqu'au charnier] par Toshiba, les ventes de Blu-Ray - désormais l'unique standard en lice sur le secteur - stagnent et Sony, son rapace propriétaire, peine à s'expliquer la modération avec laquelle les consommateurs réagissent à son petit triomphe crapuleux. A l'heure où les spéculations concernant l'imminente mise sur le marché d'une Xbox 360 Jasper équipée d'un lecteur de Blu-Ray [l'information ayant été transmise par mon ami Dean Takahashi - l'homme qui teste les jeux sans retirer la pellicule de cellophane qui en enveloppe la boîte - nous nous contenterons de la murmurer], peut-être est-il temps de faire le point sur les spécificités sournoises d'un support encore mal connu. Pour les analystes soucieux de comprendre la faillite du Buz'ness pourtant prometteur concocté par Sony, mais également pour les vidéophiles qui s'interrogeraient encore sur l'orientation à donner à leurs futurs investissements, voici trois bonnes raisons de haïr le Blu-Ray : - Le prix. Les royalties exigées par les propriétaires du format sont aujourd'hui en grande partie responsables du surcoût mentionné sur les étiquettes estampillées Blu-Ray. En moyenne, le rapport de prix entre les films haute définition et leurs homologues en DVD s'élève à 1,4, soit une tarification majorée de 40%. Et l'absence de concurrence sur le secteur, suite à l'abdication de Toshiba et de ses partenaires, n'engage guère à l'optimisme quant à l'hypothèse d'une prochaine baisse des prix. - Les DRM. Derrière cet acronyme barbare se cache l'appareillage cryptographique destiné - dixit le communiqué [dans une fanfare de larmoiements rageurs] - à endiguer le piratage, Digital Rights Management dans sa version sobrement shakespearienne, Gestion des droits numériques, dans sa traduction juridique française. Dans la pratique le constat est sans appel : l'odieuse usine à gaz d'inspiration Huxleysienne des DRM n'empêche absolument pas la circulation illégale des oeuvres à caractères cinématographiques qu'elle est censée protéger mais au surplus, l'élaboration aberrante de la norme se charge de copieusement pénaliser l'utilisateur légitime. Rappelons que pour qu'un support protégé par DRM soit utilisable, il faut que l'intégralité de l'installation matérielle soit capable de décrypter le flux vidéo : c'est-à-dire, en substance, tous les appareils, du lecteur au téléviseur. Or la plupart des équipements qui ont été vendus depuis deux ans au son du babille "Compatible HD" [à ne pas confondre avec l'aposition non frauduleuse du logo "HD Ready"], que ce soient les téléviseurs ou les cartes graphiques pour ordinateurs individuels, sont proprement incapables de décoder convenablement les films protégés par DRM. Ce qui signifie, dans le meilleur des cas, pas de haute définition ; et dans le pire, un excellent économiseur d'écran, la surface quadrangulaire du poste se rencognant dans ses ténèbres opaques ! Il faut également ajouter que les producteurs n'ont pas leur mot à dire ! Sony facture la mise en place de son inepte dispositif de protection et n'entend pas laisser aux candidats au Blu-Ray l'opportunité d'y renoncer ; à l’artifice de la lutte contre le piratage se superpose la réalité d’un expédient comptable probablement juteux. A cette constatation pratique déjà déplorable il faut encore adjoindre un pendant symbolique qui n'est pas sans faire tomber une ombre menaçante sur l'avenir : quelle latitude sera laissée à leurs possesseurs légitimes lorsque l'intégralité des oeuvres audio et vidéo seront cadenassées par de pareils verrous numériques ? Quels risques prenons-nous à stimuler la contagion ? Le prophète prétend que la question, aujourd'hui un peu pompeuse [peut être superfétatoire], pourrait prochainement embrasser une part importante de nos libertés... - L'interface. Aux lenteurs intolérables de l'interface - lenteur rapportée par différents sites internet - s'ajoute le petit scandale du Profile 2.0. Derrière cette babiole marketing alléchante se dissimule la nécessité de disposer d'une connexion internet et l'autorisation tacite octroyée à votre machine/lecteur de télécharger arbitrairement et dans votre dos tous ce que le fabricant et ses éventuels clients auront jugé bon d'y installer. Avec toutes les possibilités de dérives que cela implique. De quoi communiquer quelques frissons d'effroi... Le site anglais The Inquirer a assez bien résumé la déplaisante situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le vidéophile face aux incroyables égarements du Blu-Ray : "Piracy is the Better Choice" ! Si l'ironie radicale de la formule prête à rire, c'est sans doute que Sony n'a jamais autant donné l'impression d'assurer la promotion de l'engeance qu'il prétendait combattre. En l’état, le Blu-Ray ressemble à un garçonnet capricieux et menaçant ; le standard doit encore grandir et apprendre à s’affranchir des tares colossales que ses concepteurs lui ont laissées. Pour l’heure, Mininova wins !

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