Test : RACE 07

RACE 07 - PC

Genre : Course

Date de sortie : 19 octobre 2007

Genre
Course
Date de sortie
19 octobre 2007 - France
Développé par
10tacle
Edité par
SimBin
Disponible sur
PC
Parfois appelé
Race 07, RACE 2007
Site officiel
Site officiel

Ian Bell a quitté Simbin il y a maintenant plus de deux ans et le studio suédois peine aujourd’hui à masquer l’absence de celui qui enfanta GTR. Race, sorti il y a un peu moins d’un an, n’était pas parvenu à convaincre la communauté des joueurs, qui avait boudé le titre, conspuant le développeur pour les inexpiables concessions faites au réalisme du pilotage. Aujourd’hui Simbin tente d’opérer une réconciliation en douceur et propose aux férus de simulation (qui constituent sa clientèle la plus fidèle) un titre qui, sans se revendiquer d’aucune révolution, se veut plus complet et plus abouti que son itération précédente.

 
 
Difficile d’évoquer une simulation automobile sans se référer à GTR et à ses deux suites, GT Legends et surtout GTR2. Sorti début 2005 dans le plus total anonymat, le titre de Simbin a cependant su faire prévaloir ses innombrables qualités auprès des joueurs exigeants pour s’élever rapidement au rang de simulation de référence, allant même jusqu’à concurrencer le formidable-quoique-hélas-tout-aussi-anonyme Live for Speed. Les louanges qui ont alors plu sur le développeur étaient justifiées. Mais depuis, ce dernier use et abuse de sa réputation pour camoufler son incapacité à renouveler l’exploit. Simbin pressure la manne de son immense prestige et Race 07 menace d’être le dernier bredouillement d’une légende au bord de l’asphyxie.
 

Les bons comptes font les bons amis

Avant de pénétrer à l’intérieur du jeu lui-même, il convient de régler nos comptes avec une pratique marketing qu’aucune personne raisonnablement honnête ne saurait promouvoir. Sur son site, le développeur affiche des spécificités qui, si elles ne sont pas à proprement parler mensongères, sont toutefois suffisamment audacieuses pour mériter d’être précisées. Race 07 propose en effet de revivre, au travers d’une licence FIA officielle, la saison 2007 du championnat WTCC (des voitures de tourisme de petite cylindrée, préparées pour la compétition sur circuit). Le jeu offre également la possibilité de participer à divers évènements ponctuels, importés de championnats connexes : WTCC saison 2006, WTCC saison 1987 (avec quelques restrictions), Formule 3000, Formule BMW, Challenge Mini Cooper, championnat Radical (SR3 et SR4 – des prototypes « légers ») ainsi que le championnat Caterham (CSR200, CSR260 et CSR320 – des automobiles typées TVR ou Lotus). Le développeur, préférant recenser les équipes plutôt que les véhicules, annonce fièrement 300 modèles différents là où le comptable consciencieux en dénombrera tout juste une trentaine… La fraude sévit également au niveau du décompte des circuits. Le jeu rassemble ainsi 17 pistes différentes : Monza, Imola, Valencia, Vara, Magny Cours, Estoril, Macao, Istanbul, Anderstorp, Brands Hatch, Brno, Pau, Porto, Puebla, Curitiba, Oschersleben et Zandvoort, certaines nanties des variantes déjà aperçues dans GT Legends. Les pilotes qui se sont essayés aux titres antérieurs de Simbin reconnaîtront sans mal les nombreuses ponctions effectuées par le développeur sur le capital accumulé lors de ses anciens travaux…
 

Sur les traces de nos ancêtres…

Une fois placé sur la ligne de départ, les aigreurs s’amenuisent. Le joueur qui, par inconscience ou naïveté, aura préféré le pad au volant, en sera pour ses frais. Prévenons d’emblée les amateurs de Need for Speed et de Sega Rally. Si Race 07 propose aux pilotes occasionnels de placer leur véhicule sous le contrôle de diverses aides bienfaitrices, le jeu y perd une importante partie de sa saveur. Impossible de saisir toute la dimension ludique du titre sans la médiation idoine d’un volant. Une fois ce point de détail réglé, force est de constater que les sensations de pilotage sont bien meilleures que celles transmises par le volet précédent. L’observation peut paraître anachronique si l’on considère qu’elle s’applique à un descendant de GTR ; l’honnêteté nous oblige toutefois à admettre que ces sensations se rapprochent enfin de celles procurées par les premiers jeux signés Simbin. Les transferts de masses, immédiatement perceptibles, permettent d’affiner le réglage des amortisseurs et des suspensions. La barre antiroulis a un effet absolument imparable sur la réactivité de l’automobile lors des brusques changements de direction. De même, la rigidité du différentiel influera substantiellement sur la traction en sortie de virage. De la répartition du freinage entre l’avant et l’arrière dépendra la stabilité globale de votre véhicule et donc de l’agressivité dont vous pourrez faire preuve en entrée de courbe. Inutile d’espérer défier la ligne de chronométrage sans avoir au préalable compris les subtilités liant grip et transferts de charges. La perfection du modèle physique, la visibilité admirable de la position « cockpit » et la gestion très convaincante du retour de force (pour les heureux processeurs de telle dispendieuse fantaisie) décuplent assurément le plaisir que l’on prend à maîtriser non pas un circuit, mais simplement un virage, au volant d’une certaine catégorie de voitures. Corollaire logique de cet intraitable réalisme : il vous faudra faire montre d’autant d’opiniâtreté que de patience pour espérer triompher de vos adversaires sur l’intégralité des 17 pistes que compte le jeu… On pourra cependant se permettre de tempérer ce bilan [plutôt flatteur] concernant la maniabilité des véhicules en faisant remarquer que le plaisir promis par le pilotage des voitures de série (Le WTCC représente le centre névralgique de la franchise Race) peut difficilement être comparé à la gratification offerte par la domestication des monstrueuses mécaniques engagées dans les championnats GT. Mais il s’agit ici d’une question d’affinités personnelles sans rapport direct avec les qualités intrinsèques du jeu. La seconde réserve concerne le comportement des prototypes et des monoplaces (série BMW, Formule 3000 et Radical) ; à l’usage, ce dernier s’avère bien moins satisfaisant que le comportement des voitures de tourisme. C’est peut être que monsieur Bell n’a pas eu le temps de s’appesantir sur la question ? Les puristes, à coup sûr, regimberont…
 

Promenades en meutes.

Si Race 07 vous laisse l’opportunité de perfectionner vos temps au tour jusqu’à l’écœurement, son essence, ainsi que le titre l’indique, réside dans la compétition. Toutes les phases d’un week-end de course sont bien entendu gérées par le jeu : entraînement libre, qualifications et [incroyable !] courses (au pluriel, puisque la singularité des championnats WTCC est de proposer des courses divisées en deux cessions consécutives). Mais ce que l’on est surtout en droit d’attendre d’une simulation aussi réaliste, c’est une opposition qui ne le soit pas moins. Et l’intelligence artificielle (réglable de 70 à 105%), si elle peut se targuer de nombreuses qualités, n’en est pas pour autant exempte de tout défaut. Dont certains cherchent leur résolution depuis l’illustre GTR ! Ainsi, si l’IA sait parfaitement s’acclimater aux coudoiements intempestifs qui émaillent les épreuves de tourisme, si elle simule avec beaucoup de bonheur les initiatives trop généreuses (dans le peloton, les têtes-à-queues sont monnaie courante) et les dépassements hardis, si elle sait adopter des trajectoires redoutables d’efficacité, si elle sait arbitrer entre l’importance de conserver sa position et la nécessité bien plus grande encore de finir la course, elle montre inévitablement ses limites lors des départs, et notamment lorsqu’il s’agit de départs donnés sur circuits étroits comme Pau ou Porto. L’embouteillage qui obstrue immanquablement le premier virage autorisera le pilote habile à gagner [indûment] des places que plusieurs heures d’entrainement en phase qualificative ne lui auraient peut être pas permis de grappiller. Cette fâcheuse incompétence à gouverner efficacement une meute serrée de concurrents nous incitera donc à négliger les qualifications au profit de quelques zigzags astucieux dans le truculent chaos de la première courbe. Dommage. Car une fois la course lancée, hormis quelques retours en piste suicidaires, la raisonnable témérité de vos rivaux justifiera amplement des efforts auxquels vous aurez vous même consenti (les mains moites et le palpitant supplicié) à toute fin de les devancer. Mélange d’extrême contentement et de petites frustrations.
 

Une persistante impression de solitude…

Il est indéniable que l’ergonomie générale du logiciel a progressé. Comme il est indéniable que l’ambiance dans les paddocks a régressé. L’atmosphère que distillait le ronronnement permanent des moteurs et le bruit des visseuses à air comprimé dans GTR s’est lentement évaporée pour céder finalement la place à des menus sagement compassés. Le joueur se sent-il mieux accueilli pour autant ? Difficile de répondre par l’affirmative… Les pilotes manquant d’expertise regretteront une nouvelle fois l’absence d’une école de conduite. Quoique cette lacune ne nous paraisse pas aussi préjudiciable à la bonne appréhension des subtilités du titre que l’absence d’un tutoriel abordant le délicat problème du réglage des châssis. Il est inconcevable d’espérer battre l’IA en mode PRO (et à fortiori la communauté des joueurs online) sans avoir préalablement appris à adapter les différentes automobiles du jeu à votre style de pilotage. Une partie importante de l’intérêt du titre réside précisément dans ce long et passionnant travail de mise au point. Et les possibilités offertes aux impétrants ingénieurs de piste donnent le vertige : des dizaines de paramètres sont susceptibles d’être ajustés en vue de modifier radicalement le comportement de votre machine. Or les explications fournies par le manuel inclus avec la version commerciale du titre sont trop lapidaires pour qu’un joueur inexpérimenté puisse espérer tirer la quintessence du matériel virtuel qui est mis à sa disposition ; ce dernier n’aura d’autre recours que de se tourner vers les innombrables ressources pieusement accumulées au fil du temps par la communauté. Moins impardonnable mais plus incompréhensible, le développeur a semble-t-il jugé superflu d’incorporer le MOTEC (le puissant système de télémétrie fourni avec GTR) à Race 07 ! L’incongruité de cette décision s’aiguise encore si l’on considère que le moteur du titre (lègue gracieux de programmeurs aujourd’hui partis quêter l’azur sous d’autres cieux) continue d’éditer les fichiers log détaillant l’évolution en temps réel des différents éléments de votre voiture (débattement des suspensions, pressions exercées sur les amortisseurs, problèmes d’adhérence, etc…). Et que les fichiers logs dédiés au MOTEC continuent d’être stockés dans le répertoire de […] GTR ! Stupéfiant !
 

Mais qu’est devenu Jean Alesi ?

Usé jusqu’à la corde par la demi-douzaine de simulations qu’il a obligeamment servie depuis presque trois ans, le moteur de GTR ne peut plus aujourd’hui concurrencer ses rivaux. La modélisation des véhicules, pour soignée qu’elle soit, manque de relief et donc de réalisme. L’utilisation de textures grossières jointe à la pauvreté des effets d’ombre et de lumières à la surface des carrosseries (des effets techniquement très inférieurs à ceux que proposait GT Legends) donnent à l’ensemble graphique du jeu un aspect « dessin » dont bien des titres pourtant typés arcade ne sont pas affligés. Si le développeur annonce avec beaucoup de présomptions que le niveau de détails a doublé entre Race et Race 07, les environnements au sein desquels se déroulent les courses ressemblent à ceux que nous avions eu l’occasion de parcourir au moment de la sortie de […] GTR2, il y a plus d’un an ! La foule des spectateurs consiste toujours en une superposition de ridicules bandeaux en 2D, les stands se distinguent toujours par leur absence totale d’activité et ce ne sont certainement pas les quelques moucherons qui viendront de temps en temps polluer la vitre de votre pare-brise ou la visière de votre casque qui suffiront à désamorcer cette désagréable impression de déjà-vu. Aggravons encore le bilan technique du soft en ajoutant que ce dernier ne tolère que du bout des lèvres l'éventuelle modestie des configurations qui l’accueillent. Les possesseurs de cartes graphiques d’anciennes générations en seront quittes pour quelques compromis. Le ravalement de la bande son est à l’avenant : absolument insignifiant. Mais reconnaissons que contrairement à beaucoup de logiciels concurrents -dont les concepteurs ne daignent consacrer à la crédibilité de leur environnement sonore que les derniers rogatons de leur budget de développement - celle-ci était déjà excellente et renforçait grandement l'immersion du joueur sous les arceaux de l'habitacle. Sound means Power ! Race 07 fait ici honneur à ses vénérables ancêtres. Réalisme oblige, les grognements aseptisés des voitures de WTCC n’enchanteront pas les oreilles des mélomanes comme le firent jadis les mugissements orgiaques des Ferrari F550 Maranello (GTR) et des De Tomaso Pantera (GT Legends). En échange, les amateurs de mélodies à quatre temps auront la chance de pouvoir apprécier le ronflement furieux des Caterhams et des BMW M3 (WTCC 87). Symphonie pour Bielles et Pistons…
 

Article rédigé par Vivian Darkbloom , le

En dépit de ces innombrables défauts, en dépit également du scandaleux recyclage opéré par Simbin au niveau des éléments fondateurs de ses précédents titres, sur le plan très prosaïque des sensations de pilotage et de l’impression de participer à d’authentiques courses automobiles, Race 07 est une fabuleuse simulation, un titre absolument admirable. La question du public auquel il s’adresse mérite toutefois d’être posée. L’efficacité et la finition se substituant à d’hypothétiques innovations, les possesseurs de l’opus précédent [des opus précédents ?] auront toutes les raisons de se sentir floués. Et puis les voitures du WTCC manquent cruellement d’exotisme pour conquérir le coeur des pilotes habitués aux extravagantes mécaniques du GT… Quant aux joueurs occasionnels, ceux là renâcleront très certainement devant les exigences faramineuses d’un titre qui se refuse par nature à toutes formes de compromis. Régler le châssis d’une voiture de course nécessite que l’on y consacre du temps. Et devant ce défi là, le logiciel laisse le débutant complètement démuni. A ces déconvenues s'ajoutent également l’absence du MOTEC, l’IA perfectible (que l’excellent mode Online compense en partie) et le comportement des monoplaces, indigne - de notre point de vue - de la réputation du développeur. Espérons que la concurrence offerte par Ferrari Project, le prochain titre du père de GTR, saura insuffler davantage d’audace aux futures simulations de Simbin.

Points positifs

  • Réalisme exemplaire
  • Excellentes sensations de course
  • Vue cockpit fabuleuse
  • Mode OnLine éprouvé
  • Environ 29€ sur Steam

Points négatifs

  • Réalisation technique inférieure à celle de GT Legends !
  • Gourmandise injustifiée du moteur de rendu
  • Comportement des monoplaces
  • Pas d'aide au réglage des châssis
  • Où est passé le MOTEC ?

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