Test : Papers, Please

Papers, Please - PC

Genre : Simulation d'administration

Date de sortie : 08 août 2013

Genre
Simulation d'administration
Date de sortie
08 août 2013 - France
Développé par
Lucas Pope
Edité par
Lucas Pope
Disponible sur
PC
Modes de distribution
Steam
Site officiel
Site officiel

Plusieurs jeux indépendants ont su nous montrer, ces dernières années, que la créativité et l'excellence n'étaient pas l'apanage des productions AAA. De l'excellent "Super Meat Boy" à l'envoûtant "Braid" en passant par l'extraordinaire "Fez", la richesse des jeux "indé" constitue un vivier d'idées extraordinaires. Avec Papers, Please, nous découvrons un jeu bluffant par son ambiance et son originalité, qui nous laissera scotchés devant l'écran, tant sa qualité et son propos sont irréprochables.

Test effectué à partir d'une version PC

 
 
Ah les joies de l'Administration ! Lequel d'entre nous n'a pas au moins une histoire établissant nos démêlées avec cet organisme de malheur et pourtant ô combien Tout-puissant ? L'Administration, avec un "A", nous connaissons tous. Fléau de notre siècle pour les uns, source inépuisable de petites contrariétés pour les autres, l'Administration fait partie de nos vies au même titre que ces épisodes douloureux que constituent l'acné adolescent, la gueule de bois du dimanche ou encore la rédaction de français le matin.
Alors quand Lucas Pope nous présente son jeu indépendant Papers, Please, dont le thème central est de jouer un représentant de la fonction publique, notre premier réflexe est de se dire que les développeurs sont devenus fous et qu'on va passer notre chemin. Et on aurait fait une bien grave erreur.
Papers, Please est un excellent jeu vidéo. Sa force principale est de parvenir à placer dans le joueur une situation jusqu'ici jamais vue et d'en susciter un intérêt très fort tout au long de son expérience de jeu. Ce simple constat eût suffi à en faire un jeu digne d'intérêt, mais Papers, Please va au-delà et dépasse le simple stade de la curiosité pour s'ériger en l'un des meilleurs exemples de ce que les développeurs indépendants ont su réaliser de mieux au cours de l'année 2014 (le jeu est sorti en Février 2014).
Par son ambiance unique, son histoire prenante, son gameplay innovant et sa courbe de progression et de difficulté parfaitement maîtrisée, Papers, Please est une référence. L'un de ces rares jeux appelés à marquer les esprits et à fonder la réputation de ses créateurs. Plus qu'une réussite : une pépite.
Et tout ça à petit prix !
 

Kafka, rentre chez toi !

Le jeu, de par les mots mêmes de son créateur, se présente comme un "Dystopian Document Thriller". Oui, ça ne veut rien dire, mais pourtant, on comprend ! Nous incarnons un brave gars vivant dans le pays imaginaire de l'Arstotzka, sous régime communiste. Notre avatar, que nous appellerons, au hasard, "Sergueï" gagne un beau jour à la loterie nationale de l'emploi et devient ainsi "Officier de l'immigration". Formidable, Gloire à Arstotzka et au boulot !
Au début, les choses semblent plutôt bien se passer. La frontière étant pratiquement fermée, l'on se contentera d'inspecter les passeports et de refouler tous les non-citoyens d'Arstotzka. C'est assez facile et la journée s'écoule tranquillement. On se dit qu'on va appendre les subtilités du métier sans stress et l'on est tout content de recevoir son salaire, que l'on s'empressera de dépenser dans de la nourriture et du chauffage pour sa femme, son fils et ses beaux-parents. Sergueï est un bon mari et un bon père, ayant à cœur de prendre soin de toute sa famille.
Le lendemain matin, rien ne va plus ! On commence par recevoir une "visite de courtoisie" par notre nouveau chef qui explique à demi-mot qu'il nous a à l'œil, usant d'un vocabulaire à faire frémir les agents de la Stasi. L'ambiance se met dès lors à changer, graduellement, mais sûrement et ça ne va pas s'arranger dans les jours qui suivent.
Nous voici désormais avec de nouvelles directives du ministère de l'Immigration : nouveaux documents à contrôler, nouvelles règles d'entrée qui changent d'un jour à l'autre, fraudeurs et contrebandiers qui s'invitent au poste, sans parler des tentatives de corruption, ah et pour ne rien arranger, des terroristes, pardon des "combattants pour la liberté" ont décidé que vous alliez devenir leur ami. La vie se complique pour Sergueï. En plus, à la maison, ça ne va pas fort : le fiston ou la femme tombe malade, il fait froid, les beaux-parents ont faim, bref tout par à vau-l'eau.
Mais c'est pas grave, parce qu'on est là pour faire notre job et qu'on est là pour le faire bien. Gloire à Arstotzka !
Oui, mais… en fait non. C'est qu'avec toute cette paperasserie infernale, on perd un temps fou à contrôler les gens ! Or, le temps c'est de l'argent. On traite de moins en moins de candidats à l'immigration, notre rendement chute et notre salaire avec. Et évidemment, ni le médecin, ni la nourriture, ni le chauffage ne sont gratuits ! Pour ne rien arranger, c'est bientôt l'anniversaire du gosse et ça serait quand même bien de lui offrir un cadeau au pauvre enfant.
Alors, on se "débrouille". On accepte les petites combines des gardes, on ferme les yeux sur certains dossiers un peu "légers" en échange d'une poignée de billets, on emprisonne les récalcitrants pour gagner du temps et réussir à traiter un dossier de plus dans la journée, et on sort le fusil pour tirer sur les terroristes ou assimilés parce que, si on fait un "head-shot", on aura droit à une petite prime. Bref, de fonctionnaire zélé voulant bien faire, on est redevenu humain et magouilleur. Parce qu'il faut bien survivre dans ce pays de fou.
Et merde à Arstotzka !
L'humanité, pourtant, c'est encore le peu qu'il nous reste. On se débat dans nos problèmes, on perd nos proches parce qu'ils n'ont pas eu à manger/chauffage/médecin ; parfois c'est les beaux-parents (youpi ! même si Madame fait la tête), parfois c'est femme ou enfant. On essaye de faire au mieux.
Et c'est là où Papers, Please est redoutable d'efficacité. Le jeu va prendre un malin plaisir à nous mettre dans des situations éprouvantes, face à des choix sans concession. Faut-il ainsi refuser l'entrée à ce demandeur d'asile au dossier incomplet, dont on sait qu'il va se faire exécuter s'il reste dans son pays ? Oui, mais l'accepter nous vaudra une pénalité, donc moins d'argent, donc peut-être l'impossibilité de donner à manger au grand-père de notre petit garçon, sachant que sa grand-mère est déjà décédée par notre faute. Ou encore, devrions-nous aider nos "amis" de l'Ordre pour tacher de renverser le gouvernement et améliorer la situation du pays ? Oui, d'accord, mais s'ils étaient pires que les autres ? Et cetera et cetera.
La richesse de Papers, Please est avant celle du joueur, dans sa liberté et ses choix face à toutes ces situations. Le jeu a l'art de nous raconter cette histoire, qui est donc avant tout la nôtre et qui, quelque part, est tout simplement celle de la vie.
 

GAMEPLAY : vous allez aimer l'ergonomie

Épuré et efficace, voilà ce qu'on pourrait retenir du gameplay de Papers, Please.
Au bureau de douane, le joueur reçoit l'un à l'autre les postulants à l'immigration. Ces derniers nous présentent leurs documents que l'on se donne pour tâche de vérifier. Cette vérification est assez simple : il suffit de vérifier qu'il n'existe pas d'incohérences. Ces dernières peuvent concerner les dates (un passeport qui aurait expiré), les villes de délivrances (une ville qui n'existe pas dans le pays où serait originaire le candidat), ou tout simplement un problème de fond (un passeport où le genre indiqué est "masculin" quand son propriétaire semble être une femme…) voire de faux. Pour y voir clair dans tout ça, nous disposons du "Guide du parfait Douanier" qui regroupe toutes les règles à connaître ainsi que les villes officielles et homologuées, ou bien les sceaux certifiant l'authenticité d'un document. On aura aussi la possibilité de questionner les candidats, une fois certaines "incohérences" révélées par nos outils de détection. Ce dernier point est important, car parfois de vraies raisons viendront justifier les différences observées et l'on finira par accepter un dossier devenu valide (ce qui permettra d'empocher un plus d'argent).
Tout cela prend du temps et notre journée s'effectue en temps limité : environ une quinzaine de minutes. Il faut donc aller vite et l'on se surprendra à mémoriser de plus en plus vite l'avalanche de nouvelles règles et de nouveaux contrôles qui nous tombent dessus au fur et à mesure que les jours s'écoulent.
C'est qu'il va y en avoir, de la paperasse à traiter ! Passeport, certificat d'identité, autorisation de transit, permis de travail, demande d'asile, vaccination, etc… la liste s'allonge et se modifie régulièrement. On finira par aller vers le mieux, avec la fusion de certains documents, mais les réflexes acquis dans les journées précédentes devront donc laisser leur place à un nouvel apprentissage. Notre bureau ressemblera parfois à un sacré capharnaüm ! Sans compter que des tas de gens vont nous demander des petites choses supplémentaires : notre chef veut qu'on se souvienne de bien laisser passer Mme "Machin", les terroristes nous filent des messages codés qui encombrent encore le bureau, et cetera. Pendant ce temps, l'heure tourne et l'argent ne rentre pas.
À la fin de la journée, on reçoit des crédits : 5 par dossier traité. C'est peu, car il y aura le loyer à payer, puis décider si la famille mangera ce soir, ou si on mettra le chauffage, ou si on achètera les médicaments. L'enjeu est donc réel et l'on se préparera à affronter la prochaine journée avec l'objectif de ramener un peu plus d'argent, cette fois. "Papers Please" nous met sous tension, du début à la fin, et ne nous lâchera plus. On voudra aller de plus en vite, on tremblera de commettre une erreur et de prendre une amende derrière, on râlera contre ses candidats au dossier incomplet qui nous font perdre du temps, simplement parce qu'ils sont encore plus perdus que nous dans tout ça. Et puis, surtout, on sera constamment aux aguets, maudissant ces fichus terroristes et leurs tentatives d'attentats qui interrompront la journée encore plus vite que d'habitude, et donc qui nous feront encore perdre de l'argent et peut-être que cette fois, le fiston ne survivra pas à une nouvelle privation.
Tout ça se déroulera sur 31 jours. On ne vous révélera pas tout, mais sachez qu'il existe 20 fins différentes et que seules 3 d'entre elles sont les "bonnes" fins officielles du jeu. Le challenge est à la hauteur de la récompense !
Papers, Please est un jeu intense. La clef de la réussite réside dans la répétition, la mémorisation et l'organisation de son espace. Un pur "try again", difficile, mais jamais injuste. Par certains aspects, il fait appel à des mécanismes semblables à ceux du "shoot them up" d'arcade. Si ce n'est qu'ici, le gameplay est avant tout au service de l'histoire. Une histoire fascinante, belle, terrible, extraordinaire.
 

CONCLUSION : Gloire à Papers, Please !

Papers, Please nous force à nous interroger, sans concession, sur notre nature et nos motivations. La fin justifiera les moyens pour certains. D'autres tenteront de ménager la chèvre et le chou. Il n'existe pas une solution meilleure que les autres et ce sera à chacun de trouver sa voie. De nombreuses fins existent et si le "game over" est présent, sa contrepartie le mode "infini" s'obtient en réalisant la fin "parfaite" qui d'ailleurs n'est pas une. Ce sont de nombreuses heures de jeu qui vont attendent, parfois addictives, mais à l'aide de sessions suffisamment courtes et raisonnables pour que vous ayez plusieurs fois envie d'y revenir, une fois la partie finie. La multiple de fins possibles et plusieurs "récompenses" associées : la rejouabilité du titre est donc conséquente et l'on se surprendra, même plusieurs semaines après une partie, à revenir à Papers, Please avec plaisir.

Côté point faible, notons que le jeu est uniquement disponible en anglais, il vous faudra donc maîtriser un minimum la langue de Shakespeare. Par chance, nous parlons d'un minimum. Cependant, si vous n'êtes pas à l'aise, l'expérience de jeu s'en ressentira hélas fortement.
En second lieu, avouons que l'ambiance et le thème général de Papers, Please peuvent un peu rebuter. L'atmosphère est assez sombre et si l'on apprécie au fur et à mesure cet environnement, il est évident qu'on est à l'opposé d'un "Rayman Legends" et de sa palette de couleurs chatoyantes ou de ses musiques exceptionnelles.

Mais si cela ne vous dérange pas, que le concept vous a séduit, que vous aimez le défi et la possibilité de vivre un personnage, alors n'hésitez pas et donnez sa chance à Papers, Please ! Disponible sur ordinateur pour moins de 9€, ou sur iOS pour moins de 8€.
 

Article rédigé par Le Visiteur , le

S'il ne fallait retirer qu'une chose de Papers, Please ce serait ceci : un jeu unique et humain. La réalisation est impeccable, son apparence minimaliste est redoutable d'efficacité et l'ensemble ne perd jamais son objectif primordial : offrir des sensations inconnues au joueur dans un cadre unique, récompenses et plaisirs à la clef. On ressort de Papers, Please avec une profonde satisfaction, tant la partie fut intense et tant elle nous a marqués. Assurément, l'un des meilleurs jeux "indé" du moment !

Points positifs

  • Orginalité impressionnante
  • Histoire prenante, vraie ambiance de "jeu"
  • Petit prix pour les longues heures de jeu qu'il propose. Un "new game" très efficace

Points négatifs

  • Uniquement en Anglais
  • Ambiance sombre et peu joyeuse

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