Tout commence dans une morgue. Alors que vous reprenez vos esprits, vous constatez que cette dernière est mystérieusement remplie de pommes qu’un zombie s'évertue à empiler consciencieusement pour une raison inconnue. Tout ce dont vous vous souvenez est que vous, un clerc envoyé par le gouvernement en place, devez enquêter sur une explosion survenue dans un salon de thé et trouver le coupable avant les toutes premières élections de Norvik.
Le ton est donné : on pourrait très bien être dans un univers créé par Terry Pratchett tellement la situation semble grotesque. C’est pourtant dans ce contexte absurde que
Christoffer Bodegård, le développeur d'
Esoteric Ebb, va se permettre de faire une critique virulente de la saucisse dans laquelle on vit.
Pas de politique dans mon jeu vidéo !
Comme dans tout RPG, la création du personnage est inéluctable. Il faudra répartir ses points entre six caractéristiques : Force, Constitution, Dextérité, Intelligence, Sagesse et Charisme. Christoffer Bodegård prend un malin plaisir à les positionner sur le spectre politique. Par exemple, la force est masculiniste et nationaliste, la dextérité est libertarienne et la sagesse est marxiste. Je vous laisse découvrir les autres pour ne pas vous gâcher le plaisir.
À l’instar de Disco Elysium, vos interactions avec le monde et les êtres qui le peuplent vont être l’occasion pour vos caractéristiques de dialoguer entre elles et de s'exprimer, vous obligeant parfois à répondre d’une façon non souhaitée. Le jet de dé de la force est plus haut que celui de la sagesse ? Votre réponse sera xénophobe. Plus on avance dans le jeu, plus on se surprend à interagir avec le moindre objet pour voir comment nos caractéristiques vont commenter et tourner en ridicule la situation.

L'intelligence est mégalo
Un jeu clercment verbeux
Soyez prévenu, le jeu est extrêmement verbeux. Il faut lire, lire et encore lire. Aucun doublage n’a été réalisé. Si cet aspect vous rebute, passez votre chemin. De même, pour le moment, le jeu n’existe qu’en anglais, donc si la langue est difficile pour vous il est préférable d’attendre qu’une version française sorte. Rien n’a été annoncé, mais on peut espérer. Disco Elysium a bien eu sa version française malgré les tonnes de textes à traduire.
Si tout cela ne vous dérange pas, vous allez pouvoir passer une vingtaine d’heures de jeu fantastiques en enchaînant les situations ubuesques comme par exemple échanger avec un diablotin calé en droit sur la légalité de ressusciter une personne qui a été condamnée à la peine de mort. Cette condamnation est-elle jugée remplie une fois la personne morte ? Ou faut-il considérer une personne ressuscitée comme étant de nouveau assujettie à cette peine ? À moins qu’il faille inventer une nouvelle peine en plus de la peine de mort classique ? Une peine de mort à perpétuité, par exemple ? Le monde d'Esoteric Ebb est rempli d'anachronisme qui ne font que renforcer l'absurde des situations permettant de mettre l'emphase sur des sujets plus sérieux, comme la lutte des classes, le racisme ou encore le danger du fascisme.
Des sorts, encore des sorts
En tant que Clerc, vous aurez à votre disposition des sorts de plusieurs niveaux, et on retrouve ici les règles de Donjon & Dragon 5e édition pour leur gestion. Lors de votre repos à un sanctuaire, il vous faut choisir vos sorts (vous aurez plusieurs slots disponibles selon leur niveau) et il vous sera possible de ne lancer qu’un nombre de sorts limité par jour. Pour restaurer la possibilité de les lancer, il vous faudra consommer des herbes ou aller dormir.
On retrouve toute la richesse du système de sort de D&D dans Esoteric Ebb. Leur nombre conséquent vous permet d’aborder une situation donnée de plusieurs manières, augmentant ainsi la rejouabilité du jeu. Entre le sort pour parler aux morts, celui pour parler aux animaux, charmer une personne ou même ouvrir une porte par magie, pour ne parler que des plus connus, vous aurez l’embarras du choix pour vous dépatouiller d’une situation délicate.
Mais oui c’est Clerc !
En parlant de situations délicates, contrairement à des jeux comme Baldur’s Gate 3, les combats ne sont pas sous forme de tour par tour. Ils sont rares, souvent difficiles et se traduisent une nouvelle fois par des dialogues avec vos capacités et des jets de dés, donnant vraiment l'impression de faire une partie d’un vrai jeu de rôle papier plutôt que d’un C-RPG. Lors d’une rencontre avec un squelette soldat par exemple, j’ai eu le choix entre un jet de force pour le frapper ou un jet de dextérité pour l’esquiver. Mon charisme quant à lui me permettait de lui faire un gros câlin.
Comme dans D&D, il y a un jet de dé initial pour l’initiative de chacun, puis chacun son tour on choisit une action. En cas de mort, il faudra réussir trois jets de dé pour revenir à la vie avec un point de vie. Dans le cas de trois échecs avant trois succès, le personnage meurt définitivement. Tout cela se fait dans la boîte de dialogue, ce qui rend les combats un peu arides pour les non-initiés mais permet de riches descriptions et souvent beaucoup de choix d’actions. Il est aussi possible une fois par tour d’utiliser un sort.