Test : Dead Space 3

Dead Space 3 - Xbox 360

Genre : Survival Horror dans l'espace

Date de sortie : 08 février 2013

En 2011, Visceral Games nous livrait sa meilleure œuvre, petite perle de l’horreur, du stress et du massacre reprenant fidèlement les codes de l’épisode précédent. Suite à cette traumatisante aventure, ayant notamment raflé la note maximale sur GameHope, le studio de développement prend pour objectif de mettre la barre encore plus haut : et si Dead Space 3 était LE survival-horror de cette génération ? C’est donc fébrilement qu’une fois la boîte du jeu ouverte, l’on introduit le disque dans sa console. Anxieusement, on se rappelle nos souvenirs cauchemardesques dans l’USG Ishimura, dans la Méduse et dans les pénombres de l’espace ; de ces moments haletants où, l’épiderme humide et les doits tremblants, l’on devait affronter ces créatures cachées dans l’obscurité capables de vous déchiqueter à tout moment ; de ces cris, ces raclements et ces pleurs perdus au fin fond d’un couloir ou blottis derrière une porte. Ce n’est qu’une fois cet enfer remémoré qu’une question vient à nous le plus naturellement du monde : sommes-nous prêts à nous enfoncer une fois de plus dans l’horreur la plus absolue ?

Test effectué à partir d'une version PS3

 
 
Ce n’est un secret pour personne : la franchise Dead Space, aussi excellente soit-elle, se tourne résolument vers l’action au détriment de ses fondations horrifiques. La raison, purement commerciale, rappelle celle de Resident Evil, la différence provenant du fait que là où la saga de Capcom a progressivement évolué en quinze ans, celle d’EA, elle, a subi le même changement en seulement une seule et même génération. Un virage bien trop brusque pour certains - et on leur donnera raison, puisque de nos jours, le genre de l’horreur pure est définitivement en perdition. Quel dommage, en seulement trois épisodes, de tourner le potentiel de la série vers le TPS classique !
 
 
Si Dead Space 2 faisait malgré tout bien flipper, ce troisième opus semble changer la donne. En effet, au fil des différentes annonces sur le titre pendant la période de développement, il y avait de quoi flipper, justement. Une aventure se déroulant sur la terre ferme en plein jour ? Des ennemis humains à combattre ? Un système de couverture ? Un mode coop’ ? Tous les éléments étaient là pour dénaturer au mieux la licence d’Electronic Arts. Heureusement, autant le dire d’emblée : le soft s’avère de bonne facture, même si l’on est encore loin de la claque viscérale d’il y a deux ans.
 

«La lune serait habitée, on n'oserait plus bronzer à poil sur les balcons. »

Isaac Clarke est, comme à son habitude, le mec le moins chanceux du monde. Quelques années après ses abominables périples, notre ingénieur vit tant bien que mal sur une ville lunaire, jusqu’à ce qu’une équipe vienne le chercher de force pour l’extirper des griffes des unitologues, membres de la secte sacrant le fameux Monolythe, l’artefact à l’origine des Nécromorphes. En effet, suite aux évènements passés, Isaac est devenu un ennemi aux yeux de la secte : ayant déjà flingué autant de nécros qu’un gamin de CE2 aurait démembré de fourmis dans son jardin, notre héros représente un danger énorme selon l’Unitologie. Ainsi, dès le début du jeu, on se voit crapahuter dans des environnements délicieux, celle d’une ville lunaire particulièrement inspirée, sous les explosions et les tirs des soldats qui veulent votre peau. Si, pour un premier chapitre, cela se veut bien distinct des autres opus, le drame survient véritablement lorsque notre nouvel ami nous passe son pistolet afin de buter… des humains. C’est donc avec un système de couverture aussi ergonomique que la position n°49 du Kamasutra que l’on devra tirer sur des mecs à l’I.A. douteuse vous balançant rafales et grenades : ça change, oui, mais c’est rigide, pas très agréable et franchement pas dans l’esprit d’un Dead Space. Rassurez-vous, ces phases de TPS n’interviennent qu’assez peu dans le jeu, le reste vous opposant aux traditionnels Nécromorphes qu’Isaac commence bien à connaître. Ces derniers, relookés mais peu innovants, constituent 80 % des combats de l’aventure. Des affrontements plus fréquents, aux mécaniques désormais habituelles (démembrer, toujours démembrer) rendent le jeu bien plus classique qu’à l’ordinaire. Explications.
 

J'ai vu la lune

Ainsi, vous n’êtes pas sans savoir que ce nouvel épisode de la série intègre un élément inédit : le climat hivernal. En effet, en plus d’être poursuivis par l’Unitologie et son chef taré Danik, vous vous rendez sur la planète glacée Tau Volantis qui, vraisemblablement, contient les origines des monolithes et donc l’ultime moyen d’éradiquer le fléau nécromorphe. L’aventure d’Isaac se découpe donc en deux parties : lors de la première, vous êtes dans l’Eudora, un gigantesque vaisseau spatial, auquel nous allons ici nous intéresser. Cet environnement, qui comme vous vous en doutez ne va pas tarder à connaître quelques intrus dans ses couloirs, fait office de familiarisation avec le système de jeu. À vrai dire, les habitués de la licence n’auront aucun mal à s’y retrouver, à quelques choses près. En effet, là où les précédents opus proposaient une ambiance malsaine et des passages de totale contemplation, accentuant davantage les effets de surprise et de claustrophobie, ici, les ficelles semblent tellement connues par Visceral Games qu’elles sont prêtes à lâcher. Le côté action que tous redoutaient se fait plus que sentir : on n’a pas peur, on attend juste qu’un ennemi nous tombe sur la gueule comme c’est le cas toutes les dix secondes pour le démembrer comme il se doit. Le rythme est bien plus accéléré qu’auparavant. Les vagues d’ennemis sont plus fréquentes, pas forcément plus denses, mais simplement plus prévisibles. Nous avons donc droit à des cinématiques occasionnelles, nous dévoilant certains ennemis sous tous les angles à la manière d’un jeu ordinaire, des conduits qui pètent quand on s’y attend et des effets de lumière bien amoindris. Mais qu’est-il donc arrivé à Dead Space ? Non pas que tout ceci s’avère mauvais, disons plutôt que ce qui faisait la force des premiers jeux est aujourd’hui surexploité jusqu’à en devenir une banalité. On retiendra surtout les phases spatiales, jouissives, nous exposant à un vide intersidéral qui n’avait jamais été aussi prenant qu’auparavant et nous lâchant dans un mini monde ouvert à parcourir. Magnifique, il faut bien l’avouer.
 

Une I.A. dans la lune

Ce n’est qu’après quelques heures de jeu que l’on atterrira sur Tau Volantis, la fameuse planète aux mille secrets. Et ce que l’on peut dire, c’est qu’on se fait bien moins suer dès le moment où l’on touche la froide poudreuse de nos bottes métalliques. Effectivement, le climat offre de nouvelles perspectives de gameplay : entre les Nécromorphes se cachant dans la neige et les feux à approcher pour ne pas geler sur place, du moins avant de trouver une combinaison adéquate. Si l’on est à des années lumières des couloirs de Dead Space 1 et 2, luminosité et environnement obligent, impossible de nier le changement bénéfique de cet environnement. Parfois proches d’un Lost Planet, certains moments vous opposent à des bestioles gigantesques qu’il faudra dégommer à plusieurs reprises. Certaines phases sortent totalement de l’ordinaire Dead Space, comme celles d’escalade – assez rigides par ailleurs, mais ont le mérite de rafraîchir l’action. Car sinon, on se retrouve encore une fois avec un certain classicisme : le bestiaire semble peu varié, même encore moins qu’auparavant, puisque certains ennemis ont tout simplement disparus. Ceux ayant torché les précédents jeux commenceront donc à en avoir leur claque d’affronter encore et toujours les mêmes saloperies, qui de plus tombent en masse beaucoup plus souvent. Heureusement, certains passages nous confinent dans des bâtiments glauques à souhait, entre deux calottes glaciaires, mais la mise en scène est encore bien trop dynamique et prévisible pour provoquer le sentiment de peur à proprement parler. Dead Space 3 met surtout l’accent sur le stress, les ennemis étant plus violents que jamais : ainsi, il n’est pas rare de se faire décapiter, même en « Normal », parce que vous vous retrouvez assaillis par plusieurs adversaires en même temps. Certaines passes sont donc bien stimulantes et difficiles, et ça, c’est du bon.
 
 
Artistiquement, si les décors neigeux sont bien foutus mais relativement coutumiers, les différents bâtiments donnent du surprenant au classique. Un point qui ne change pas : les murs et sols sont toujours couverts de sang et glyphes en tout genre. Seulement, il ne suffit pas de rajouter une pointe de gel pour qualifier le tout de novateur : les vraies nouveautés se situent finalement dans la colonie lunaire du début et dans les tous derniers chapitres qui offrent un trip à la Prometheus unique. La direction artistique n’est donc pas toujours bien équilibrée dans son boulot, mais performante dans l’ensemble. On aurait juste aimé avoir plus de scènes percutantes comme dans les précédents opus, mais les conditions scénaristiques ne le permettent malheureusement pas : sur Tau Volantis, personne n’est là pour se taper lugubrement la tête contre un mur ou pour accueillir son bébé nécromorphe avant de finir en charpie contre une vitre… Moins de malsain pour plus de gore inutile, c’est un poil dommage.
 
 
Graphiquement, il n’y a pas grand-chose à reprocher à Dead Space 3. La réalisation semble ne pas avoir bougé d’un iota depuis le deuxième épisode : davantage d’explosions et moins de lumières subtiles créent un jeu d’éclairage plus basique et finalement un poil moins réussi. Cela n’en reste néanmoins très propre, et même si l’on regrettera la disparition brutale des cadavres, un moteur physique un peu cheap et les animations parfaitement inchangées dans leur ensemble, certains panoramas s’avèrent absolument magnifiques (mention spéciale à l’espace). Viennent s’ajouter à ceci une ambiance sonore de bien bonne qualité : le principal défaut venant du fait qu’étant donné que la planète est inhabitée, on n'aura plus de cris et autres bruits lointains qui faisaient l’énorme force de l’aventure antérieure. Pas grave, les bruitages restent excellents, tout comme la composition musicale beaucoup plus prononcée (due au côté action), et en dépit d’un doublage français pas terrible, nos tympans devraient avoir de quoi se masturber.
 

J’ai demandé à la luuuuneuh

Scénaristiquement, dur de dire que c’est pleinement satisfaisant. Si l’intrigue de départ est intéressante (découvrir les secrets de l’origine du monolithe sur Tau Volantis), la fin s’avère complètement « WTF » et les relations amoureuses entre Isaac et Ellie un peu trop présentes, bien qu’écrites correctement. Le méchant, Danik, casse les couilles avec sa tête à la con et s’avère en plus super prévisible : à chaque rencontre, vous savez d’avance que le tout se finira dans une scène holywoodienne à la Uncharted et que vous serez sain et sauf. Très menaçant… Il est donc fort dommage de constater que la trame s’avère aussi décevante malgré l’énorme potentiel ressenti depuis le premier épisode. Une histoire de qualité aurait sans doute rehaussé la mise en scène un peu too-much expliquée précédemment… Pour une autre fois, peut-être. Mais Dead Space 3 a beau changer son ambiance et sa qualité narrative, son gameplay s’avère en revanche presque identique à DS2. Ou presque. Si les déplacements et les combats sont strictement identiques, c'est-à-dire parfaitement huilés hormis pour les phases de shoot humain qui s’avèrent très mal exploitées, le problème vient surtout du fait que l’on ne peut désormais transporter que deux armes sur soi. Oui, vous avez bien lu. Pour un titre qui se prétend résolument porté vers l’action, c’est un comble non ?
 
 
Ce changement un poil débile provient de la volonté de Visceral Games d’intégrer un système de craft. Oubliez tout le système d’argent et d’armes des anciens opus, ici tout passe par l’établi. Ce dernier, accessible régulièrement dans le jeu, vous permet d’acheter des armes ou bien de les modifier, et même d’en construire. Ainsi, la monnaie du jeu qu’était le Crédit est ici remplacée en quelque sorte par des éléments primaires (tel que le métal), que vous collecterez et assemblerez ici pour créer des objets. Désormais, à vous de créer le flingue de vos rêves et de le modifier comme bon vous semble ! Le hic, c’est que ce système s’avère difficilement accessible. D’une part parce que l’interface est laborieusement compréhensible au début, et surtout parce que la récolte d’objets est d’une longueur sans nom. C’est pourquoi il est possible d’envoyer un petit robot, le méca-charognard, chercher tout ce qu’il trouve comme ressources pendant que vous, vous avancerez dans vos objectifs. Malheureusement, cette option s’avère franchement ennuyante et tellement peu adaptée à l’esprit Dead Space que l’on s’en lassera bien vite. Alors arrive le système de micro-paiement instauré par EA : contre des sommes minuscules d’argent réel, vous pourrez acquérir une certaine dose de matériaux. Inutile de vous dire que la pratique est scandaleuse et que l’on retournera aussitôt à ce crafting pénible… Si, avec du recul, l’idée est intéressante et permet une grande liberté dans la création des armes, c’est plutôt le système d’assemblage qui s’avère bien trop chiant et surtout, la possibilité de ne posséder que deux armes, qui limite énormément l’intérêt des combats.
 

« La preuve que la lune est habitée, c'est qu'il y a de la lumière. »

Vous l’aurez compris, tout n’est pas rose dans Dead Space 3. Et si je vous disais que le mode coopératif était d’enfer, ça vous rassurerait ? Alors laissez-moi vous décevoir ! De un, il est impossible de jouer en écran splitté, ce qui est de nos jours tout bonnement impardonnable. De deux, déjà que l’on ne flippe pas beaucoup, si l’on nous fout un partenaire armé d’un cutter plasma-bazooka à balles stasiques, inutile de dire que la tension en prend un coup. Et, de trois : OU SONT LES ACTIONS COOPERATIVES ? C’est très simple, que vous fassiez le jeu seul ou à deux, vous ferez exactement les mêmes choses. Le seul intérêt véritable, hormis la sympathie unique de jouer avec un ami dans la campagne, réside dans les quelques missions annexes coopératives, qui demanderont de jouer à deux et qui, il faut bien l’avouer, ne relèvent pas du miracle et sont trop peu nombreuses. Les développeurs ont décidé de retirer le bon multijoueur compétitif de DS2, mais n’ont malheureusement pas su nous intégrer une coop’ digne de ce nom… Alors sans trop faire le rabat-joie non plus : oui, c’est cool de démembrer avec son pote, mais ça n’apporte pas grand-chose. Autant faire l’aventure seul, dans le noir, le son à fond, histoire de profiter un maximum du stress offert, non ?
 
 
Si vous connaissez la série, l'un des termes précédents a dû vous attirer. Effectivement, en plus de proposer des environnements semi-ouverts, DS3 donne l’accès à des missions annexes. Comme leur nom l’indique, elles ne sont absolument pas obligatoires et n’offrent que de petits détails scénaristiques. Elles donnent souvent dans la défouraille sèche, quitte à perdre souvent tout cachet horrifique. Cependant, il serait infantile de cracher dans la soupe tant ce genre de bonus est appréciable : on s’amuse tout de même pas mal, et ils viennent rajouter à une durée de vie déjà très honorable quelques heures supplémentaires. Le titre vous occupera en effet pour une bonne dizaine d’heures : plus dure et avec plus de choses à faire, malgré l’absence d’un mode multi, la campagne vaut son pesant d’or. D’autant plus que les modes de difficulté sont nombreux et particulièrement retors : une mort et retour au début du jeu pour le plus ardu d’entre eux, oui, ça commence à devenir hardcore. Êtes-vous prêts à morfler sévère une fois de plus ?
 

Article rédigé par Naxi , le

Quoiqu’il en soit, Dead Space 3 reste un bon titre, dommage seulement que les rouages ayant fait la réputation de la franchise ne soient plus compatibles avec la dose d’action énorme que nous propose l’aventure. Alors que certains mécanismes deviennent surexploités jusqu’à s’engouffrer dans le traditionalisme, on ressort finalement satisfaits de ce froid périple au pays du Nécromorphe. Déçus, oui, mais absolument pas dégoûtés.

Points positifs

  • Des phases spatiales magnifiques
  • Tau Volantis, bain de fraîcheur
  • Les armes customisables de fond en comble
  • Peu de temps de chargement
  • Beau à voir comme à entendre

Points négatifs

  • Et sinon, la peur, elle est où ?
  • Un scénario décevant
  • Le crafting, galère...
  • DEUX ARMES SUR SOI ?!
  • Trop de scènes à la Holywood : attention à ne pas tomber dans le mainstream !
  • La coop', un peu nécrosée sur les bords

A propos de l'auteur

Naxi

Naxi

22 ans | Chasseur de cool

Guinness, Bacardi et 9mm : âgé de 20 ans, Naxi est le testeur le plus jeune de l'équipe. Embauché dès l'âge de quinze piges dans la rédaction, il se débrouille pour écrire sur sa passion entre deux soirées alcoolisées où se mêlent Tekken buveur, basses acidulées et lancers de nains roux. Une vie étudiante ponctuée par son addiction à Devil May Cry et son goût des bonnes femmes qu'il tente désespérément d'approcher par sa "voix d'acteur porno". Drôle d'énergumène.

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