Derrière son gimmick visuel assez imparable, Mouse : P.I. For Hire cache donc un vrai FPS à l’ancienne, développé par Fumi Games et édité par PlaySide Studios. L’idée est simple, presque trop belle pour ne pas inquiéter : incarner Jack Pepper, privé fatigué et ancien flic, dans une Mouseburg rongée par la corruption, les gangs et une obsession maladive pour le fromage fondu. L’univers mélange polar crasseux, humour absurde et action rétro avec une assurance qui force le respect, même quand le jeu oublie parfois de transformer son concept en grande mécanique.
Un privé qui sent le vieux fromage
La première heure fonctionne surtout comme une visite guidée dans un musée animé qui aurait pris un mauvais virage vers la pègre. Les personnages animés comme dans un vieux cartoon, les armes qui gigotent, les ennemis qui explosent dans une violence cartoonesque et les filtres audio à l’ancienne donnent immédiatement du caractère à l’ensemble. C’est souvent superbe en mouvement, avec cette impression de jouer dans une bobine oubliée, redessinée pour animer les headshots. Le noir et blanc n’est pas seulement un filtre esthétique, il sert aussi à orienter l’œil vers les objets interactifs et les éléments importants, même si certaines scènes perdent un peu en lisibilité quand l’action s’emballe.
Le souci, c’est que Mouse : P.I. For Hire est d’abord un FPS. Les sensations de tir sont propres, le déplacement répond correctement, les armes ont de la gueule, mais l’ensemble reste très classique dans sa structure. Couloirs, arènes, petits groupes d’ennemis, quelques secrets, puis un boss qui vient réveiller la partie avant le prochain tunnel. Le jeu n’est jamais franchement mauvais, il est même souvent efficace, mais il ne possède pas la nervosité d’un Doom moderne ni la précision vicieuse des meilleurs boomer shooters récents.
Souris qui roule n’amasse pas toujours MOUSE
Le meilleur de Mouse : P.I. For Hire se trouve finalement dans tout ce qui entoure les fusillades. Mouseburg a une vraie personnalité, entre polar parodique et satire sociale plus sombre qu’attendu. Le scénario ne se contente pas de coller une moustache et un imperméable à une souris. Il déroule plusieurs affaires, glisse des thèmes de discrimination, de violence institutionnelle et de montée autoritaire, sans perdre complètement son goût pour les vannes fromagères. Le ton peut paraître étrange, parfois même déséquilibré, mais il donne au jeu une épaisseur inattendue.
La structure réserve aussi quelques bonnes surprises. Entre deux séquences de tir, le joueur fouille, discute, récupère des indices, améliore son arsenal et passe par un hub qui donne de la continuité à l’aventure. On trouve des mini-jeux, des passages plus orientés plateforme, des détours par des décors franchement variés et même quelques idées qui ressemblent à des promesses de jeu d’enquête plus ambitieux. C’est sûr, Mouse a beaucoup d’idées, parfois plus que de moyens pour les approfondir. L’enquête reste souvent guidée, les indices tombent gentiment dans les mains, et les choix ne transforment pas vraiment la manière de jouer.
Côté durée, l’aventure se montre plutôt généreuse pour un FPS narratif indépendant, avec une campagne qui peut approcher les 10 à 15 heures en prenant son temps. Cela joue en sa faveur, mais aussi contre lui. Sur quelques soirées, la formule amuse beaucoup. Sur la longueur, les limites de l’IA et la répétition des affrontements deviennent plus visibles. Les ennemis foncent, tirent, encaissent, puis disparaissent dans une gerbe de cartoon morbide. C’est drôle, jusqu’au moment où l’on comprend que la mise en scène varie davantage que les combats eux-mêmes.
Heureusement, l’habillage sonore garde le tempo. Le jazz colle parfaitement aux ruelles humides, aux bureaux enfumés et aux bastons absurdes. Les options permettant de salir l’image et le son renforcent ce plaisir de bricoler son vieux projecteur personnel. Le doublage, emmené par
Troy Baker (Joël dans
The Last of Us) dans le rôle de Jack Pepper, donne une vraie stature au héros, même si sa prestation très propre peut parfois sembler presque trop moderne pour un univers aussi volontairement vieilli. C’est classe, mais un peu moins brinquebalant que ce que le décor promettait.