La masterclass de Viktor Antonov

La masterclass de Viktor Antonov

Dans Reportage, par Pattoune le 15 octobre 2012

Dans le cadre de la promotion de l'excellent Dishonored, nous fûmes invités au MK2 Bibliothèque pour assister à une Masterclass dirigée par Viktor Antonov, directeur artistique connu, entre autres choses, pour son travail sur Half Life 2. Ayant pour thème la création de villes imaginaires, cette conférence fût l'occasion pour le bonhomme de revenir sur son travail et la genèse de Dunwall, la cité où se déroule l'action de Dishonored. Un petit compte rendu s'impose.

Le maître de conférence commence donc par revenir sur son métier qu'il reconnaît être assez rare dans sa spécialité. En effet, les productions nécessitant la création visuelle de villes fantastiques (entendez par là typées science-fiction ou fantasy) ne courent pas vraiment les rues, que ce soit dans le cinéma, la télévision, la littérature ou même le jeu vidéo. Il prend donc le temps de nous expliquer brièvement sa fascination pour la ville. Pour lui, c'est une « création baroque de la renaissance. Un objet créé par l'homme, et non par la nature. » Il va même plus loin, en affirmant que la ville est un spectacle, « créée pour être vue, impressionner et voir les autres.» Pour étayer son point de vue, il s'appuie sur l'histoire de la création des boulevards parisiens à l'époque de Louis XIV. Ce dernier ayant fait raser les murs de Paris, de grandes artères vides séparaient alors la capitale de la campagne. Ces dernières sont alors spontanément devenues une promenade, un lieu de rencontre de spectacle. Plus tard, Louis XIV officialisa la chose par décret, faisant de ces artères des boulevards. L'idée fût reprise un nombre incalculable de fois par la suite.

Créer une ville

L'homme à la base de l'architecture moderne

On entre désormais dans le vif du sujet, par le biais d'un certain Hugh Ferriss. Architecte et dessinateur (en architecture exclusivement) aux États-Unis en exercice au début du XXème siècle, ce dernier a influencé l'architecture moderne plus que quiconque, bien que n'ayant jamais conçu le design d'un seul bâtiment notable. S'il a effectivement reçu une formation d'architecte, le bonhomme a passé la plus grosse partie de sa carrière, pour ne pas dire l'intégralité, à dessiner les bâtiments des autres. Il travailla un temps (de 1912 à 1915) dans le cabinet de Cass Gilbert avant de se lancer en indépendant, ce qui lui permis de développer son propre style. En 1929, il publie La métropole du futur, un ouvrage regroupant un certain nombre de ses illustrations et dont on peut ressentir l'influence sur des œuvres comme Batman et Capitaine Sky et le monde de demain.
Antonov nous explique alors que ce Hugh Ferriss fût le premier à utiliser l'architecture comme un outil de fiction, voire de propagande. Et cela grâce notamment à l'utilisation qu'il fait de la lumière, qui est presque aussi importante que l'immeuble lui-même. Et c'est d'ailleurs ce qui le différencie de ses confrères de l'époque. C'est le début des villes de fiction où un immeuble, un édifice, sort de son cadre strictement fonctionnel pour passer dans l'émotionnel, créer des émotions. « Chaque immeuble est une créature » conclue-t-il, avant de nous donner des précisions sur ses méthodes de travail. « Au début de mes projets, au lieu de commencer par un personnage, une histoire, je commence avec le décor. Parce que le décor, pour moi, est un personnage. Et sans doute le plus important puisqu'il contient, maintient, toutes les histoires de tout le monde. »
D'autres illustrations de Hugh Ferriss sont disponibles ici.

L'homme à la base de l'architecture moderne

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