A Crysis not so Unreal

A Crysis not so Unreal

Dans Actu , par Vivian Darkbloom le 15 décembre 2007 à 20h03

Dans un article paru fin novembre et consacré à la mort de la culture française [condoléances aux parents éplorés], le très sérieux magazine américain TIMES citait Alain Quemin, chercheur à l'Université de Marne-la-Vallée : "Americans think that if artists are successful, they must be good. We [NdT : les français] think that if they're successful, they're too commercial. Success is considered bad taste." Si au regard d'une discipline sociologique considérée comme l'analyse des faits constitutifs d'une société, l'allégation du chercheur français ne manque pas de pertinence, on ne saurait toutefois affirmer, avec Descartes, face à la réussite proprement obscène de certain immondices vidéoludiques, que "le bon sens est la chose la mieux partagée au monde." Non monsieur Guemin, le plébiscite populaire ne détoure pas avec certitude la silhouette du génie. Nos sociétés démocratiques ressembleraient assurément à autre chose, si les pierres de soutènement principielles de l'appareillage démocratique n'étaient pas rendues poreuses par le caractère dangereusement irrationnel de la pensée humaine. Nul algorithme déterministe ne saurait rendre raison à l'exercice toujours plus ou moins erratique et imprévisible de la Raison. Quelqu'un d'autre se tient toujours sur le seuil chancelant de la pensée. A la source du verbe, un inconnu. Saint Jean disait "Dieu". Les luminaristes du XVIIème siècle sortaient de l'impasse en affirmant plutôt ceci : Et si la raison me trompe, hé bien tant pis... L'actualité conforte le scepticisme français contre le réalisme outrancier de la méritocratie américaine ; monsieur Quemin constate mais ne donne tort à personne ; en revanche, les déboires que connaissent actuellement Electronic Arts et Midway avec leurs deux titres phares de cette fin d'année, Crysis et Unreal Tournament III déboulonnent l'idée de réussite conçue comme infaillible critère de qualité. Que les apologues du "démocratisme" critique se rencognent. Car, non, cher René, ce n'est pas la raison mais bien le mauvais goût qui est "la chose la mieux partagée du monde." Avec un peu plus de 86 000 ventes pour Crysis et un peu moins de 34 000 pour Unreal Tournament III sur le seul territoire américain, le public semble vouloir désavouer le jugement des journalistes de la presse spécialisée. A tort, évidemment ! On espère que l'Europe réservera à ces deux titres un accueil plus en rapport avec leurs qualités.

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