Baby Driver

Baby Driver

Dans Films et séries, par pattoune le 04 août 2017

Réaliser un film est un processus à la fois créatif et technique, des plus complexes et douloureux. Entre l’écriture du scénario, la levée du financement, les galères de tournage et le montage, étape où l'on doit bien souvent faire le deuil du film imaginé à la base, les difficultés ne manquent pas. Mais il y en a une qui est souvent passée sous silence. Un film, c’est comme un enfant. Il faut le baptiser, lui trouver un nom qui le définit et le suivra toute sa vie. Et oui, Baby Driver est un nom au doux parfum de nanar.


Pourtant, il n’en est rien. Car derrière ce titre peu engageant se cache Edgar Wright, l’homme qui a pondu, entre autres, Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Scott Pilgrim. Le film nous raconte l’histoire de Baby (Ansel Ergot), un jeune chauffeur au talent extraordinaire pour semer la police. Cela n’a pas échappé à Doc (Kevin Spacey), qui l’embauche pour les cambriolages qu’il monte. Alors qu’il s’apprête à abandonner sa vie de criminel, Baby rencontre Debbie (Lily James), avec qui c’est le coup de foudre. Seulement, les choses ne se passent pas comme prévu au travail. Et le jeune homme va devoir se battre pour sauver sa vie et celle de sa bien-aimée.

Baby Driver

C’est vrai, cette histoire a déjà été racontée à maintes reprises au cinéma. Mais quelle histoire ne l’a pas été ? Et puis ce n’est pas vraiment là que le film trouve son intérêt, mais plutôt dans sa forme. Baby souffre d’acouphènes chroniques. Et pour atténuer ces derniers, il écoute de la (bonne) musique en permanence. Le film est rythmé par ces morceaux, lui donnant parfois un côté ultra chorégraphié que l’on retrouve habituellement dans les comédies musicales. Un exemple parfait de cela est le long plan séquence suivant le premier braquage. Une scène toute simple (Baby va chercher des cafés au Starbucks local) se transforme en un balai où chaque geste, pause, et mouvement de caméra est calé sur la chanson. Sur le premier acte, Baby Driver est un film funky au rythme impeccable. Et on sent qu’Edgar Wright s’est éclaté à faire ce film. Vous pouvez aussi suivre ce lien pour en avoir un autre exemple.

A partir du moment où les choses commencent à se corser pour le héros, le film perd de son côté funky. C’est dommage, mais raccord avec l’état d’esprit de Baby. Ceci étant dit, le montage garde son rythme, continuant à se caler sur la musique, comme l’atteste la scène du boucher.

 
Baby Driver

Edgar Wright réussit à rendre ses personnages, principaux comme secondaires, attachants en quelques instants. Si bien que l’on a réellement de la peine quand cela tourne mal pour certains d’entre eux. Cependant, le film aurait gagné à les approfondir davantage. Prenez Doc par exemple, sa relation avec Baby est complexe, mais jamais creusée. Si bien que l’un de ses choix lors du dernier acte paraît presque incohérent. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui manquent dans le film pour développer leur relation.

Il en est de même avec la romance entre Debbie et Baby. Même si l’alchimie entre Ansel Elgort et Lily James est palpable, les choses prennent une tournure franchement délicate pour eux alors qu’ils viennent tout juste de se rencontrer. Si bien que Debbie passe pour une jeune femme soumise et sans personnalité. L’incarnation de Lily James sauve un peu les meubles, mais une dizaine de minutes supplémentaires consacrées à leur relation auraient été franchement bénéfiques au film.

 
Baby Driver

À une époque où l’imagerie numérique est devenue un standard pour les effets visuels, et même, parfois, pour les cascades, voir un film qui limite son usage au strict minimum est dépaysant, voire plaisant. Baby Driver fait partie de ceux là. Les courses poursuites et autres cascades que vous verrez dans ce métrage sont, pour la plupart, réalisées à l’ancienne, avec de vraies voitures pilotées par des cascadeurs aguerris. Cela donne un cachet plus “réaliste” au film. Comprenez par là que les voitures sont ici soumises aux lois de la physique. Alors qu’elles sont bien plus permissives dans un Fast and Furious par exemple. Et il en est de même pour les fusillades et autres séquences à spectacle.

Baby Driver

Malgré un nom peu engageant, Baby Driver est une réussite. Il a souvent été reproché à Edgar Wright de privilégier la forme au fond. Et c’est le cas ici. Mais quelle forme ! Le film est rythmé de bout en bout avec une réelle maîtrise, tout en étant raccord avec sa bande-originale. Et les acteurs ne sont pas en reste. S’ils livrent tous de très bonnes prestations, Ansel Elgort sort réellement du lot, débordant de charisme, en héros mutique. Si Baby Driver n’est pas le film du siècle, ni même de l’année, il reste indiscutablement un film à voir.

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